L’échappée

Le 5 avril 1928, après une longue vie rangée, la riche héritière Clémence de Montauban mourut. Sans l’avoir voulu, les événements qui suivirent laissèrent un étrange souvenir à ceux qui restèrent parmi les vivants.

Deux jours plus tard, au 237, rue des Braves, son neveu Anselme de Montauban tuait du temps en attendant l’heure de se rendre au service funéraire. Fixant distraitement sa montre de gousset, il entendit, à 10 heures précises, claquer le rabat métallique de la fente à courrier. Tirant le rideau, il aperçut un homme dans la vingtaine qui s’éloignait d’un pas rapide. Anselme se pencha pour récupérer l’enveloppe, l’ouvrit et déplia la lettre.

Sa lecture le laissa circonspect, un sentiment de doute envahit son esprit alors qu’il se rendait compte qu’on ne lui avait rien dit à propos des circonstances entourant la mort de sa tante. La lettre, vraisemblablement écrite de la main de l’assassin de sa tante, faisait allusion à un trésor inestimable et à une chambre forte qui serait située dans la demeure de la victime. Et maintenant, le meurtrier le sommait de lui apporter la clef, sans quoi il ne donnait pas cher de sa peau. Il pensa contacter un inspecteur mais, il fut alors prit d’effroi en réalisant que l’assassin connaissait son adresse. Il mit l’enveloppe dans la poche extérieure de son veston et sortit comme un coup de vent.

Une heure plus tard, Anselme flânait dans le cimetière attenant au salon funéraire où se trouvait exposé le corps de la défunte. C’est alors qu’il se rappela avoir entendu sa tante, lorsqu’il était enfant, dire qu’elle gardait toujours une clef cachée dans la petite poche de son tailleur. Après avoir longuement hésité, il fit exactement ce que l’assassin attendait de lui. Il traversa la superficie du cimetière qui lui sembla alors infinie. L’esprit échauffé, il franchit la grande porte du salon funéraire alors qu’une vieille dame injuriait la jeune réceptionniste à propos de la longueur non réglementaire de sa jupe.

Observant la foule affligée autour de la dépouille, Anselme avait de sévères étourdissements. Il se décida toutefois à franchir la distance qui le séparait de son objectif, se disant qu’il avait un autre dessein que de finir égorgé par la main de ce malfrat. Alors qu’il avait réussi à se rendre près du corps de sa tante, il mit la main dans la poche exigüe de son tailleur. Il eut alors un choc terrible en constatant qu’elle était vide et il se trouva bête d’avoir pensé, ne serait-ce qu’un instant, que la clef pouvait s’y trouver.

Terrifié à l’idée de mourir, il tenta de s’enfuir. Cependant, sa large main resta coincée dans la minuscule poche du tailleur, ce qui fit basculer le corps de sa tante hors du cercueil. Semant l’émoi parmi les proches, il bouscula les invités et sortit de l’édifice en courant.

Une demi-heure plus tard, alors qu’il était assis sur un banc de la gare à anticiper nerveusement l’arrivée de son pourfendeur, il mit la main dans la poche extérieure de son veston. Il sortit l’enveloppe, la fit tourner entre ses doigts et put y lire : 237, rue de la Braderie.

11 Commentaires

  1. Alors voilà, je me lance. Tout d’abord, Jean-François, j’ai bien aimé ta nouvelle. Le petit côté engoncé dans les cols empesés, les montres de goussets et les poches intérieures de veston m’a bien plût.
    J’allais écrire que la répétition de « poche intérieure », « poche extérieure » alourdissait un peu le texte, mais à la relecture, il y a une symétrie intéressante: extérieure, intérieure, intérieure, extérieure. Ainsi que l’idée, si on pousse l’analyse du texte, que la clé, donc le secret, est dans la poche « intérieur » ajoute au côté victorien.
    Le quatrième paragraphe, celui qui commence par :«Une heure plus tard» mériterait éclaircissement. À la première lecture, j’avais compris que le corps de l’oncle était exposé au manoir.

    En espérant que mes commentaires te seront utiles.

  2. Merci pour tes commentaires Caroline. Je vais me remettre au travail pour tenter de bonifier le texte.

  3. Bonjour Jean-François! Bravo pour ton texte, j’ai bien aimé le lire. C’est très imaginatif comme histoire! Ta façon d’écrire est coulante. Le ton est captivant: on veut savoir la suite. Aussi, j’ai trouvé le vocabulaire riche et précis.
    Voici quelques petits commentaires qui j’espère t’aideront à parfaire ton travail:
    – Quand tu écris: « il fut alors prit d’effroi en s’apercevant que l’assassin connaissait son adresse.  » Je me demande comment il sait qu’il s’agit de l’assassin et aussi, le verbe apercevoir ne me semble pas approprié… Je suis aussi mittigée sur le contenu de la lettre. Est-ce que tu veux qu’on sache que la lettre contient des infos sur le meurtre? Que c’est écrit par l’assassin? Que c’est livré par l’assassin? Ça n’est pas clair…
    – L’utilisation du mot « superficie » me laisse un doute… Est-ce qu’on utilise superficie pour une bâtisse? Il me semble que c’est plutôt pour un terrain.
    – Deux trucs à la limite de l’invraisemblable (même si c’était intéressant et cocasse): le fait que la clef puisse être dans la poche d’un vêtement porté par un mort et la fin où, si je comprends bien l’adresse sur une rue différente nous apprends que toute cette histoire est un énorme malentendu.
    Bonne journée!
    France

    1. Merci France pour tes commentaires.
      J’ai repris le texte de front et j’ai tout remis à l’épreuve. La structure y est passée, même l’oncle Théophile est devenu la tante Clémence…

  4. Bravo pour le remaniement. Tout est plus clair et plausible maintenant. J’ai bien aimé notamment que tu aies osé dire qu’il se trouvait bête d’avoir pu penser que la clé se trouverait dans la poche du cadavre exposé. Belle récupération. J’aime bien aussi la vielle dame qu insulte en passant la réceptionniste pour sa jupe trop courte. Ça met de la vie, on dirait un film. C’est fou comme les mots imposés nous poussent à écrire de ses choses inattendues.

  5. Je suis tout à fait d’accord avec les commentaires de Julie. Bravo pour ton travail!

  6. Bravo Jean-François. C’est très réussi. On s’y sent en effet dans une ambiance typique du début du siècle, avec le manoir, le trésor, la petite clé, le cimetière et le salon funéraire. Il ne manquerait qu’une montre de poche et un lorgnon. lol

    C’est drôle et intéressant de voir évoluer les textes. J’avais lu ta première version, il y a de ça quelques jours sans y poser de commentaire, et voilà que trois jours plus tard, c’est déjà changé. J’appose donc un commentaire sur ta version modifiée.

    J’aime mieux la récente version que la première. Je crois en effet, de mémoire, que c’est mieux ficelé. Très bonne intrigue ! On sent qu’Ensème est angoissé et veut à tout prix sauver sa peau. Tu possèdes une très belle plume, mon frère. Et, ici, le choix de tes mots rehausse la crédibilité de l’ambiance un peu « dandy », famille bourgeoise, manoir, etc…

    Concernant la chute de l’histoire, c’est une bonne surprise en effet. Bravo! Cependant, puisqu’il faut aussi trouver un peu de négatif, je dirais que c’est pour le moins surprenant qu’il y ait eu deux dames riches différentes habitants dans deux « manoirs » différents avec à peu près la même adresse, dans la même ville.

    Une solution serait peut-être de ne pas mentionner dans la lettre de menace que c’est un manoir : « qu’il convoitait le trésor inestimable que renfermait la chambre forte du manoir de la dame ». Ainsi, la vraisemblance d’une erreur d’adresse deviendrait davantage possible.

    Encore mes félicitations !

    1. Merci pour les commentaires. J’ai retravaillé la première moitié du texte, notamment pour rendre la coïncidence plus plausible en choisissant des mots qui suggèrent que Ensème déduit beaucoup de choses par lui-même… Au passage, j’en ai profité pour ajouter une montre de gousset ! Ha ha !

  7. Les changements que tu as apportés à ton texte rendent vraiment justice à l’histoire en la campant encore plus dans l’univers victorien. Le récit se lit encore mieux, tes phrases sont fluides. Il n’y a que les deux «alors» dans la phrase qui suit qui m’ont accrochés au passage.
    «C’est alors qu’il se rappela avoir entendu sa tante, alors qu’il était enfant, dire qu’elle gardait toujours une clef cachée dans la petite poche de son tailleur.»

  8. C’est la der des der… En espérant que tu vois mon commentaire avant minuit!!! Une recherche google de Ensème me laisse croire que ça devrait plutôt être Anselme… À toi de contrevérifier ;) Bonne soirée!

    1. Jusqu’à la dernière minute… je viens d’apporter des modifications quelques minutes avant la fermeture du défi. Merci France pour ce renseignement. Ma contre-vérification m’indique que « Ensème » existe mais est très rare. J’ai donc opté pour « Anselme » et le personnage principal est devenu Anselme de Montauban ! Voilà! Ce premier défi a été une expérience formidable, à la fois enrichissante et amusante. Merci à tous pour vos commentaires.

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