Le crépuscule des morts

Assis sur la banquette arrière d’un taxi, dans la brume de ses pensées, Marcel Canuel déambulait de souvenir en souvenir. Il repensait encore à Amanda, son épouse décédée il y avait de ça trois mois. Le véhicule s’arrêta à l’adresse convenue.

–       « Bonne soirée Monsieur Charlemagne ! », dit poliment Canuel après avoir vu le nom affiché sur le permis de taxi, collé dans la fenêtre.

–       « Merci. Vous aussi… », répondit-il machinalement.

L’inspecteur Canuel débarqua du taxi pour se rendre sur les lieux du crime.

« Bip, bip, bip, bip, bip ».

Dieudonné Charlemagne, chauffeur depuis dix ans, se remit immédiatement le nez dans ses « Mots mystères ». Soudainement, la portière gauche du taxi fut ouverte violemment. Agrippé par le collet, le chauffeur fut traîné hors de son véhicule. Mordu au cou, il mourut, attaqué par une horde de morts-vivants. Après quelques heures, comme on le voit souvent dans les films de zombies, il reprit vie pour ainsi dire. Il rembarqua dans son taxi et quitta les lieux.

Une vingtaine d’heures s’étaient déjà écoulées depuis le début du drame dans les quartiers du bas de la ville. À chaque heure, de nouveaux cas. Aucun doute pour le corps policier en fonction ce jour-là : bien qu’on ne connaissait pas encore les circonstances ayant provoquées l’épidémie, on faisait face à un soulèvement zombiesque.

L’inspecteur Marcel Canuel flânait au centre d’achats pendant sa journée de congé, lorsqu’on le demanda en renfort. Il arriva sur les lieux à exactement 17h00. Sa montre sonna cinq coups. « Ma journée commence au moment où celle des autres se termine », constata-t-il ironiquement. Examinant le cadavre, il nota que la superficie des blessures au cou, aux épaules et aux bras avait la taille d’une mâchoire humaine. Celle d’un de ses horribles monstres, de toute évidence.

–       « Inspecteur !? Avec cette affaire irréaliste, on gère la situation en dehors du cadre réglementaire habituel, pas le choix ! », lança l’agent Tremblay.

–       « En effet, on a ordre de tirer sur tout ce qui a l’air dangereux », marmonna Canuel.

Au même moment, l’inspecteur reçut un puissant coup de poing dans le dos. Souffle coupé. Le cadavre qui était à une courte distance de lui venait de reprendre vie. L’agent Tremblay vida son chargement de munitions sur ce zombie tout frais. Ce dernier recula de deux pas, secoué par cette salve de balles. Battant en retraite, les deux policiers rejoignirent la ruelle. Malheur, d’autres morts-vivants en bloquaient les deux issues.

Quel dessein les attendait maintenant ? Canuel avait réussi à se sortir de situations dangereuses dans sa carrière, mais pour la première fois de sa vie, il eut peur de mourir.

–       « Tremblay ! Ils sont trop nombreux… On a besoin de renforts !!! ».

–       « Gare à toi Canuel, derrière toi ! », s’écria l’agent.

Trop tard ! Mordu, il se débattit et s’effondra au sol.  Il mourut devant son collègue paniqué.

L’épidémie allait s’étendre à toute la ville, à toutes les villes. La situation était désormais hors de contrôle ! Canuel reprit vie. Désormais zombie, il se releva. Sortant de la ruelle, il claudiqua jusqu’à la rue. Il vit alors passer une zombie qu’il crut reconnaître.

–       « Amanda ? Mon amour ? »

Sous l’emprise de la pleine lune et de l’épidémie, partout les cimetières se vidèrent de leurs plus récents morts. Le couple s’échangea une lente étreinte, et s’embrassa mortuèrement. Ils vécurent heureux et éternellement.

9 Commentaires

  1. Tu nous as fait languir cher S-A mais ça valait la peine. Une nouvelle nouveau genre plutôt « gore », ça fait du bien avec même une finale un peu romantico-morbide. Je dirais même un peu pas mal à l’eau de rose mais ça m’a fait bien rigoler.

    1. Merci Julie pour tes bons mots, qui savait que mon texte s’en venait… Ça m’a mis de la pression. Ha ha ha. Content de t’avoir fait rire. Cependant, ce ne fut pas facile… J’avais écrit une première histoire… qui tournait autour d’un enlèvement extra-terrestre… lol mais ça collait pas, ça coulait pas, y avait pas de chute qui me satisfaisait. Après plusieurs jours à bloquer, j’ai tout mis ça de côté. Et j’ai recommencé à zéro. Une nouvelle intrigue qui s’est soldée par cette histoire de zombies que voici… Mais j’avais pas d’idée de chute finale… j’étais en peine. Comment pouvait bien finir une histoire de morts-vivants, me disais-je, sinon qu’ils finissent tous zombies ?? Puis voilà le flash de retrouvailles amoureuses dans la mort avec sa femme décédée qui s’est ajoutée à la dernière couche d’écriture. J’en ai ris moi-même… Le plaisir d’écrire ! J’étais content ! Je touchais à du nouveau je crois ! Jamais vu ça dans les nombreux films d’horreur que j’ai pu visionner. Une histoire d’amour de zombies… romantico-morbide comme tu dis. Lol

  2. Bravo pour ce texte croustillant. Tu démarres sur un ton calme et bang! ça frappe fort! Je dois te dire que tu m’as fait rire aux éclats à deux reprises, à la surprise de la première agression et à ta finale. L’évolution des événements est convenue dans les circonstances mais tu sais nous faire languir pour connaître le dénouement ! Pour te donner quelques commentaires, faut bien te faire travailler… voici en vrac…
    > La nouvelle serait encore plus efficace en resserrant un petit peu, le retrait de quelques mots moins utiles accélérerait le rythme.
    > « encore et encore… » pourquoi pourquoi ?
    > « Bip, bip, bip, bip, bip ». Hein ?
    > « Je te paye la traite en whisky si on se sort de ça … » plutôt désinvolte pour une personne sur le point de mourir !
    Encore félicitation !

    1. Merci Jean-François pour tes commentaires généreux et tes suggestions d’améliorations. Content de t’avoir fait rire aussi, mon frère. J’ai corriger mon texte, suivant deux de tes trois propositions. J’ai enlevé le « encore et encore ». Je croyais donner du rythme… puisque ça suivait « de souvenir en souvenir »… mais bon, ça semble faire trop lourd. J’ai remplacé « Je te paye la traite en whisky si on se sort de ça … » par « On a besoin de renforts ». Ça devrait être plus vraisemblable comme réaction dans de pareilles circonstances. Je garderai le whisky pour moi ! ;) Je garde aussi mon « Bip, bip, bip, bip, bip ». C’est un élément intriguant, une broderie, ce sont les cinq coups de sonnerie de montre du 17h00 auxquels il fait référence plus loin dans le texte. C’est une espèce de « flash-forward » je crois, à l’inverse d’un « flash-back ». Espérant le tout plus rythmé et vraisemblable ! Thanx

    2. Je ne veux pas faire la trouble-fête surtout entre frérots. Mais comme ton film, heu ta nouvelle, n’est pas tellement réaliste de toutes façons, j’aimais bien la réplique du whisky, ça me semblait plus « punché » (punch avec alcool bien sûr). ;o)

  3. Allô Sylvain :) Bravo pour ton texte! J’endosse les commentaires précédents et je t’avoue avoir ri aussi. La chute est vraiment surprenante!!! Au plaisir de s’amuser avec le défi no 2 qui s’en vient en octobre… Bonne journée!

    1. Allo France, merci à toi aussi pour tes commentaires positifs… Bien content de t’avoir fait rigoler !!! Rire fait toujours du bien pour le moral ! Déjà un nouveau défi dans quelques jours. Go !

  4. Bonjour! J’ai bien aimé ta nouvelle. Toujours sympathique les histoires de zombie!!!

    J’ai juste remarqué deux petit détails:
    «il repensait encore à Amanda, son épouse décédée il y a trois mois.» Ici, il y a un problème de verbe «il y a» devrait plutôt se lire «il y avait».
    «il reprit vit pour ainsi dire.» Et la «vie» dans ce cas , n’est pas le verbe, mais bien le nom.

    Au plaisir de te relire lors du prochain défi!

    1. Bonjour Caroline, merci de tes deux précisions grammaticales… ça m’avait échappé. Très content que tu ais apprécié mon texte. On se recroise au prochain défi !!!

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