Indiana Jean

J’avais neuf ans, la famille se préparait pour un fabuleux voyage en camping avec une magnifique tente roulotte empruntée à des amis de mes parents. À vrai dire, mes parents ne connaissaient absolument rien au camping mais ils étaient remplis d’une formidable envie de nous faire vivre la survie en pleine nature, mon père du moins. La destination : le mythique Lac Georges dans l’état de New York.

Ma grande sœur et moi étions surexcitées à l’idée de vivre enfin l’aventure de notre vie. Que de montagnes nous allions avoir à escalader, de mers à traverser à la nage et de bêtes à capturer mortes ou vives! Mon jeune frère, qui n’allait pas encore à l’école, avait à peine conscience du voyage inhabituel dans lequel nous nous étions hasardés.  À vrai dire, nous étions tous aussi inconscients. À peine sortis de notre quartier, mon paternel nous lançait son classique « À date, c’est un succès! ».

Arrivés au camping, nous trouvions notre lot de terre prodigieusement placé à côté du lac. Cette location près d’un plan d’eau devait être un des splendides avantages du terrain. Seulement, il pleuvait littéralement à boire debout. Mon père, sans perdre son enthousiasme, monta la tente roulotte en faisant corps avec elle, permettant ainsi à la famille de fusionner dans un mouvement symbiotique, surtout lorsqu’il se retournait toute la nuit dans son lit. Grâce à son caractère pince-sans-rire, nous ne distinguions plus ses blagues débonnaires de notre réel pétrin. Dans sa spacieuse cuisine de rêve, ma mère débordait d’une joie incommensurable à nous préparer de succulents petits plats que nous aurions dû fort apprécier. Mais les gargantuesques repas étaient plutôt ardus à savourer, sur notre couchette sablonneuse. C’est ainsi, après quatre jours de précipitations abondantes, emprisonnés dans notre hutte sur roulettes, que le lac nous avait enfin rattrapés. Avant que ce déluge nous engloutisse intégralement dans un abîme sans fin, mon valeureux papa n’avait fait ni une ni deux en nous annonçant vivement : « On sort en ville! ». On avait peine à espérer que la ville puisse exister dans cette contrée perdue au fond des bois.

La ville de Lake Placid existait réellement et était plus qu’exaltante comparativement à notre environnement morose et lugubre de cette campagne maudite.  À Lake Placid, tout ce qui habituellement était exécrable pour notre santé, nous était soudainement permis, des pommes de tire jusqu’à la barbe à papa. Ma sœur poussait l’audace en suppliant mes parents pour que l’on fasse prendre une de ses fameuses photos de famille; activité attrape-touriste à laquelle jamais mes parents ne céderaient. Inexplicablement,  par un miracle surnaturel, mon père et ma mère acceptèrent. Avec nos bottes maculées de boue, nous nous transformions alors par la magie de la photographie, en personnages d’époque comme ceux de La Petite maison dans la prairie.  J’étais devenue la brillante Laura Ingalls, ma sœur Mary l’aveugle aînée et mon frère, le petit Albert au regard espiègle, ma mère la douce Caroline et mon père le vaillant Charles.

C’est alors que Jean, notre père tout puissant, a eu l’idée de génie de nous amener voir un film d’une langue encore pratiquement inconnue. Peu importe l’incompréhension des paroles, les images valaient milles mots. Le héros nous faisait tordre de rire, tirant nonchalamment de son revolver, un guerrier sauvage qui, de son couteau agilement manié, l’avait provoqué en duel. Cet intrépide personnage possédait définitivement le flegme de mon père. C’était lui après tout, l’unique Indiana Jean, qui nous avait sortis de ce calvaire pour métamorphoser nos vacances de m…  en souvenirs impérissables et, comme il aime tant dire, « extra-ordinaires ».

9 Commentaires

  1. Je te souhaite un RADIEUX ANNIVERSAIRE cher papa!

  2. Allô Julie ! Merci pour cette note de nostalgie :) Ça va très bien avec l’automne pluvieux d’aujourd’hui: le temps des bons souvenirs… Quelques commentaires:
    – les temps de verbes ne sont pas tout à fait au point, je pense que ça mériterait une relecture…
    – Il me semble qu’on ne peut pas être confondu ente deux choses… Quelque chose nous confond… (cf:  » (…) nous confondait entre ses blagues débonnaires »)
    – « Joyeux » ou « incommensurable »: il me semble que c’est l’un ou l’autre (cf: « d’un joyeux découragement incommensurable »). De toutes façons, t’as assez d’hyperboles ;)
    – Faute de frappe: deLa Petite maison
    Et… bonne fête à ton papa :)

  3. Un jolie texte douillet ! On sent l’émotion et la nostalgie des beaux moments de l’enfance passés avec les parents. C’est du beau travail, qui nous prend droit au coeur.
    Quelques commentaires… Puisque la visite en ville constitue le moment crucial, peut-être pourrait-on réduire légèrement la partie de l’arrivée au camping. Je ne les ai pas compté mais il semble y avoir amplement d’hyperboles. Pour le plaisir de se mettre au défi, Il y aurait possibilité de varier davantage les types d’hyperboles…

  4. Merci à tous les deux pour vos judicieux commentaires. Vous tapez exactement où j’avais quelques doutes qui flottaient dans mon esprit. Je regarde ça bientôt et vous reviens. J’ai pas encore eu le temps de vous écrire mes commentaires mais j’ai beaucoup aimé lire vos textes de bibittes. ;o) Une chose à la fois mais ça s’en vient! Bonne fin de semaine.

  5. Julie,

    Je trouve que tu as bien profité de la contrainte d’utiliser beaucoup d’hyperboles pour raconter un évènement de ta vie qui s’y prêtait tout à fait. Ce jeu d’écriture nous permet d’exprimer un propos qui a du sens pour nous, autant dans la fantaisie que dans notre réalité, si elle nous inspire. J’ai beaucoup aimé le ton et l’émotion de ce texte. Tout est perfectible et plus on y travaille, plus on peut raffiner la forme. À toi de jouer.

  6. Allo Julie, je n’avais pas lu ton texte avant de publier le mien ;-) Disons qu’y mouille pas à peu près chez nos voisins de Sud…Petite erreur de conjugaison et d’accords: «des succulents petits plats que nous aurions dus fort appréciés» Dû est invariable et donc «apprécier» doit être à l’infinitif.
    Ton paragraphe qui commence par:«Arrivés au camping» et qui se termine par «au fond des bois» m’a semblé un peu confus. J’imagine la scène très drôle, et je la «vois», mais les détails m’apparaissent hors focus, alors que ce sont eux qui donnent la vie à ton texte !

  7. Allo les amis,

    Merci à toi aussi Caroline pour tes commentaires. J’ai manqué un peu de temps ce mois-ci pour vous faire des commentaires à tous pour vos textes et aussi pour retravailler mon texte autant que j’aurais voulu. J’aurais aimé explorer un autre type d’hyperboles, j’en conviens. Mais j’ai revisité les temps de verbe en essayant d’uniformiser le tout, à la suggestion de France, et j’ai retravaillé certaines phrases douteuses. J’ai remis comme j’avais pensé à l’origine simplement la « joie incommensurable de ma mère dans sa spacieuse cuisine » sans souligner son découragement car je crois qu’on peut comprendre ici l’ironie de la situation. Quant au commentaire de Jean-François qui diminuerait le paragraphe au camping par rapport à celui en ville et celui de Caroline qui ajouterait plus de détails, je crois qu’ils s’annulent l’un et l’autre ;o) Alors de toutes façons, vous n’avez pas dû remarquer mais il m’a fallu pas mal d’efforts pour arriver à 600 mots pile. (eh oui pas plus, pas moins) Alors j’en resterai là. Mais ce défi de nombres de mots m’a amenée à synthétiser certaines phrases et j’avoue que j’ai aimé ça.

  8. Allo Julie… un bref commentaire en passant, bravo et merci pour ton texte qui m’a fait voyager moi aussi dans mes propres souvenirs d’enfance.

  9. A reblogué ceci sur julieguenetteet a ajouté:

    Pour le défi d’octobre, je vous propose le défoulement, de vous défouler à ce point que le défi sera davantage d’arriver à écrire un texte cohérent. Ainsi, je vous propose d’abuser d’une figure de style courante qui se nomme « l’hyperbole »!

    L’hyperbole consiste à créer un effet d’exagération par rapport à la réalité décrite. On peut produire cette exagération de différentes façons :

    en choisissant des mots d’une intensité supérieure à l’idée d’origine : charlatan, escroc, géant, …
    en ajoutant des adjectifs qualificatifs excessifs : éblouissant, monstrueux, microscopique, …
    des préfixes : ultra-, hyper-, micro-…
    des suffixes : -issime, -esque, …
    par accumulation : il était beau, charmant, ravissant, …
    par répétition : Il était beau […]. Il était beau […]. Il était beau […].
    Les possibilités sont infinies…

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