Après moi le déluge

Le ciel devint gris. Gris pâle, gris foncé. Gris de plomb. Le vent se leva. La température chuta de mille degrés en quelques seconde. La mer agitée gonfla sous les bourrasques violentes et glacées.

Nous avancions sans avoir pu atteindre l’île où nous avions prévu dormir. Aucun capitaine n’avait voulu  se risquer sur le bras de mer. La tempête se préparait. Nous étions à la rue. Sur la pointe il était impossible de planter notre tente. Nous avons dû rebrousser chemin dans ce vent dévastateur. Les vagues sur les rochers débordaient sur la route jusqu’à nous toucher. Au loin, il y avait la terre ferme.

Certaines bourrasques, tellement fortes, nous empêchaient d’avancer. Debout sur les pédales, chaque mètre gagné était une victoire. Un coup de pédale après l’autre, nous atteignîmes enfin terre. Le vent n’avait pas modéré son souffle, mais la pluie se faisait toujours attendre. Pédalant péniblement, les bourrasque nous poussant et nous tirant tout à la fois, nous observions les alentours pour trouver où planter notre tente. Soudain, la banlieue où nous roulions, fit place à des terres en friche, comme ça, sans crier gare!

Nous descendîmes de nos vélos et sans penser plus loin, trop heureux d’avoir trouvé le lieu idéal pour passer la nuit, nous nous enfonçâmes dans les buissons. Nos vélos étaient lourds de tout le matériel que nous transportions, mais la pente qui menait de la route au terrain vague nous facilita la tâche.

Heureux de pouvoir passer la nuit presque au sec, nous montions la tente en blaguant, certains d’avoir trompé l’orage. Les premières gouttes se mirent à tomber. Les bâches qui protégeaient notre matériel étaient presque installées sur les vélos. Nous avions déjà apporté dans notre abris les objets dont nous aurions besoin pour passer la nuit : lampe de poche, réchaud, nourriture, sac de couchage, nos livres et la petite radio. Les premières grosses gouttes, nous les entendîmes tomber sur la toile de la tente, déjà à l’intérieur et au sec et tout à notre joie d’avoir réussit l’exploit de battre une tempête de vitesse.

Cependant, un détail nous avait échappé, nous avions planté notre tente en plein cœur de la « swamp », au milieu d’un marécage, dans un marais asséché par les mois sans pluie si courant dans le sud. Et la pluie arrivait. La pluie était là. Je parle de pluie, mais le mot est faible. Ce n’était pas la pluie. C’était le déluge et notre tente n’était pas une arche, oh que non.

Je sentis tout d’abord le coin droit derrière moi qui s’élevait, se mettait à flotter. Puis les parois de la tente, sous la pression exercée par l’eau qui s’accumulait, s’enfonçaient vers l’intérieur. Et l’eau se mit à pénétrer allègrement dans la tente pendant que j’ingurgitais à la petite cuiller le contenu neurasthénique de ma « canne de bine » froide.

Dans l’aube crayeuse, après une nuit blanche à ruminer des idées noires, nous nous extirpâmes de nos sacs de couchage trempés et malodorants. Au milieu de l’orage, nous avions transporté notre tente et son contenu jusqu’au bord de la route. L’eau dans le marais atteignait mes genoux. Je me méfie depuis, des îles et ciels gris.

6 Commentaires

  1. Bravo pour cette aventure dilluvienne que j’ai bien aimé:) J’ai commencé ma lecture en pensant que j’étais sur un bateau de Vicking! Était-ce voulu? SI oui, bel exploit, si non, beau hasard!!! Par ailleurs, il m’a semblé que l’écriture était plus coulante à la fin qu’au début. Il me faudrait relire pour être plus précise… à toi de voir…
    Petit oubli probablement (le « à »): « Nous n’avions pu atteindre à l’île »
    Et… bravo pour ces deux trouvailles:
    « …pendant que j’ingurgitais à la petite cuiller le contenu neurasthénique de ma « canne de bine » froide. »
    « Dans l’aube crayeuse, après une nuit blanche à ruminer des idées noires… »
    Bonne journée!
    France

  2. Merci France!!!
    Oups, la coquille, je ne l’avais pas vue. Je corrige!
    Wow, un bateau de Viking, j’aurais bien aimé y penser, mais c’est un hasard!!!
    À propos de l’écriture coulante, je crois que tu as raison. Disons que ce texte a été difficile à écrire. 600 mots, ça s’écrit vite. Je voulais peut-être aussi mettre l’emphase sur le côté chaotique de la traversée à vélo dans le vent qui pousse et qui tire, sans avertissement…
    Et je n’avais pas remarqué, le lien entre la craie, le noir et le blanc. Il n’y avait que le noir et le blanc de «voulu».

    À bientôt!

  3. Beau récit de voyage. Après la lecture de ton texte, on a l’impression d’être nous-mêmes mouillé et on déteste l’eau sous toutes ses formes! Quelques commentaires…

    Au début du texte, j’étais confus quant au moyen de transport des aventuriers. D’abord, avec les mots « mer » et « capitaine » je les imaginais dans un bateau. Puis, lorsque le mot « pédales » est arrivé j’ai cru qu’ils étaient en pédalo! Blague à part, il faudrait peut-être camper plus tôt le fait qu’ils sont sur la berge avec leurs vélos.

    Dans le deuxième paragraphe, il y a une suite de « nous » (« Nous avancions », « Nous n’avions », « Nous avions », « nous étions », …)… je ne sais quoi en dire… je te laisse réfléchir sur ce passage.

    Je comprends que la menace qui pèse est « La Tempête » et elle aurait pu être encore plus personnifiée comme l’ennemi !

    Quant aux hyperboles, elles se fondent au texte sans se faire remarquer mais l’effet global de la menace se fait bel et bien sentir.

    Bravo pour ce texte dramatique!

  4. Merci pour tes commentaires Jean-François,
    le but n’était évidemment pas de te faire détester l’eau ;-)

    À propos de ton premier commentaire, l’effet que je recherchais était justement celui-là. Ne pas donner trop vite d’indice sur le moyen de transport utilisé, ça a marché semble-t-il…

    Ensuite, à propos des «nous», je relis mon texte, deux jours après sa publication, et je trouve que tu as plutôt raison, ça alourdit le texte. Je vais essayé de trouver deux minutes pour revoir ça.
    «La Tempête», je ne la percevais pas comme «l’Ennemi», mais plutôt comme le karma.

    Voici une image de la route:

  5. C’est vrai que c’est drôle comment nos 2 textes ont baigné dans l’eau et le camping. ¨ca coule tellement que j’ai l’impression que toi aussi tu es partie d’un réel récit de voyage. Si c’est le cas, ces expériences semblent nous marquer réellement pour l’éternité, faut-il croire.

    1. C’est arrivé pour vrai, et je dois te dire que la «canne de bines», je ne suis pas sûre de l’avoir digérée encore!!! Et l’odeur de nos sac de couchage wwweurk! Tout était mouillé, c’était dégueux!!!
      Mais j’aime encore le camping ;-)

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