Aventure charnelle

C’est au Gran Mélia hôtel, à Pudong-Lujiazui que mon histoire commença.  Depuis toujours, mes nuits étaient vouées au culte de ma passion débordante.  Je me consumais tantôt avec des escortes de luxe, des boniches folichonnes ou encore des épouses richissimes, narcissiques et nymphomanes…  J’étais le gigolo ultime et incontesté de tout Shangaï et ma progéniture devait sûrement prospérer à un rythme aussi effréné que mes ébats.

Dès mon plus jeune âge, mes sens exaltés par les odeurs charnelles avaient fait de moi un esclave, serf docile, obéissant à tous les caprices de mon appétit déraisonné.  Mon état d’aliénation était tel que je ne quittais le lit que pour la moquette ou le divan.  Mes journées entières étaient consacrées à rêver au crépuscule et goûter ses délices. 

Après une nuit d’ébats particulièrement torrides, je me suis réveillé d’un orgasme onirique et mon souffle court s’est subitement transformé en halètement de panique : suffocant et paralysé, j’étais sous contention !  Où étais-je détenu ?  Que voulait-on de moi ?  Qu’est-ce qui m’attendait ?  Mille pensées toutes plus terrifiantes, horrifiantes, effroyables les unes que les autres m’assaillaient.

Tâchant de me calmer, je me mis à l’écoute des bruits ambiants pour comprendre que j’étais à l’aéroport et que je me dirigeais vers la soute à bagage d’un avion.  Avec l’énergie d’une bombe atomique, j’ai tenté de produire quelque soubresaut, quelque son, quelque vibration afin qu’on remarque ma présence…  Rien n’y fit! 

Je sanglotais doucement en quittant Shangaï avec la triste conviction que personne ne pourrait me sauver.  Une nymphomane érotomane et obsédée avait voulu ma peau et elle l’avait ! Voulait…  ma peau ?  Et oui, ma pathologie me rattrapant, les pleurs venaient de céder la place à des pensées lubriques et avec ravissement, j’ai trouvé consolation à me vautrer dans ce que je m’imaginais être la dentelle de ses sous-vêtements.  Après tout, si elle avait voulu me kidnapper, peut-être était ce pour mon plus grand bonheur ?

Après d’interminables heures, je perçu des secousses indiquant que nous approchions de la destination finale.  L’heure de ma délivrance ou le début de mon asservissement arrivait.  Lorsque je fus libéré de ma prison et je l’ai vue dans toute sa splendeur se dénuder et avec un soulagement princier, se jeter dans le lit.  Sans plus de formalité, je l’y rejoins, réjouis d’avoir vu juste : elle voulait me garder pour elle seule, ce qui transformait mon drame en félicité !

Cet arrangement a tenu à peine quelques semaines.  D’autres adeptes du plumard sont arrivés : tout d’abord par dizaines puis par centaines et par milliers.  La polygamie faisant aussi partie de mes péchés mignons, la fête n’en a été que décuplée. Elle nous faisait vivre, nous ne sortions jamais de chez elle : c’était une orgie perpétuelle, mais les choses se sont corsées : elle s’est lassée !

Je savais que mon statut d’immigrant illégal pouvait faire de mon assassinat un geste sans conséquences : la seule personne apte à réclamer mon corps était celle-là même qui voulait ma perte.   Ce qui devait arriver arriva.

Mon périple sur cette planète avait plus que comblé mon appétit gargantuesque et cette dernière aventure avait dépassé mes attentes les plus démesurées pour le stupre et la luxure.  Je pouvais quitter le monde l’esprit en paix : j’avais vécu.  Au moment où le poison gagna mon système nerveux central, j’ai entendu au loin : « C’est fait madame, vous n’aurez plus de problèmes de punaises ».

2 Commentaires

  1. Je prends juste un petit moment pour te souligner que j’ai adoré ton texte de bibitte aux pensées lubriques car tu nous a envoyé dans une toute autre direction très intriguante.

  2. Merci d’avoir pris le temps de m’écrire ce gentil mot Julie :) À plus pour le défi de novembre!

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