Le crépuscule des morts 2

C’est une contagion épidémiologique, coïncidant avec la pleine lune, et 17 autres facteurs inconnus, qui a transformé tout humain en mort-vivant. Les vivants et les morts se retrouvèrent. Les amours vrais se renouèrent. Leurs « êtres-morts », doté d’une mystérieuse faculté extrasensorielle, étaient attirés les uns vers les autres.

Ce fut le cas pour Marcel Canuel, cet inspecteur de police de Montréal qui, dans l’exercice de ses fonctions, fut attaqué par des zombies. (Voir « Le crépuscule des morts », publié dans le défi de septembre 2011 de l’Entonnoir.) Après être revenu à la mort-vie, il retrouva Amanda Romero, sa récente défunte épouse, sortie tout droit du cimetière.

Marcel et Amanda décidèrent d’offrir à leur extraordinaire synchronicité amoureuse, un second voyage de noces. Il fallait les voir, marchant collés, côtes à côtes, vers le centre-ville, presque soudés l’un à l’autre. Ils étaient plus beaux à voir que n’importe quelle figurine de gâteau de mariage.

Ils arrêtèrent soudain de boiter sous l’impulsion d’Amanda devant le 1700, 17e avenue. Elle posa ses lèvres pulpeuses et nouvellement à moitié putrides sur celles de son désormais éternel Canuel.

–       Marcel, mon bel, regarde ici la vitrine. C’est la boutique où j’avais acheté ma robe de mariée, on dirait de ça, il y a dix-sept cents ans.

–       Entrons !, entérina son mari.

Après avoir essayé dix-sept modèles différents, elle finit par choisir la robe blanche et rouge à franges épaisses ! Lui, à l’image contraire de ce qu’il fut vivant, choisit un toxedo noir, chemise rouge, doté d’un nœud papillon blanc.

Devant la vieille boutique, ils étaient beaux comme des cœurs. On crut entendre au loin une mélodie. Sur un air connu, pour ne pas dire cornu, qu’on aurait dit joué par dix-sept xylophones, vingt violents violons et quatorze cornemuses, ils reprirent, de leur lente démarche, leur marche nuptiale. Remariés, marchant au milieu d’une foule aux visages verdâtres, tirant sur le grisâtre, parsemés de taches teintées de rouge du peu de sang leur restant, ils repartirent à pied et sans bagage.

Il y eut certes une faim cannibale temporaire de chair humaine; cette chère chair chérit par la race zombienne. La Mort survola ainsi, de sa longue et épaisse cape, la surface de la terre. La terreur passa et la lumière revint.

Marcel et Amanda marchèrent donc sur les chemins du sud, à travers champs, montagnes, plaines et marais. Ils enjambèrent les rigoles, les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Branché sur cet incompréhensible principe vital au cœur de leur chair morte, ce couple amoureux se laissa mener par cet appel plus grand que tout instinct, plus gigantesque que nature.

Après l’extraordinaire rapidité de cette méga-mutation génétique, les dix-sept milliards de zombies devinrent végétaliens. Ils se nourrissaient désormais de ce qui poussait naturellement dans les champs, les buissons et les arbres. Par leur extrêmement faible intelligence, la perte des savoirs humains les ramena à un état proche des hommes préhistoriques, avec la vie, le cœur et l’âme en moins.

Le couple traversa finalement ainsi mortellement lentement toute l’Amérique, du nord au sud et du sud au nord, d’est en ouest et d’ouest en est, pour finalement enfin aboutir à Montréal, la ville d’où ils étaient d’abord partis. Marcel et Amanda furent finalement à n’en pas douter mal guidés par leur instinct vers leur objectif final : le Mont-Royal, ce légendaire volcan éteint. Finalement, celui-ci se ralluma hollywoodiennement au moment même où le couple marcha finalement sur cette mythique faille de la croûte terrestre. La terre s’ouvrit évidemment finalement sous leurs pieds instables. La lave lourde et pulpeuse propulsée verticalement transporta notre heureux couple au 17e ciel et consuma leurs deux corps désormais amourachés pour l’éternité.

8 Commentaires

  1. Je te « dis, c’est » une réelle passion de zombies que tu entretiens, pour ne pas dire une obsession. En ce nocturne same »di, cette » poétique nouvelle m’interpelle. On dirait que tu as relevé un défi au-delà du défi de base proposé. Ça terminera peut-être en roman macabre ou en film romantique mau »dit cette » saga-là.

    1. Ha ha ha ! Bravo Julie d’avoir créé 3 fois un « 17 » dans ton commentaire. J’imagine que tu sautilles de hâte à l’apparition du défi de novembre !!! A+

  2. La poursuite de l’ascension ne pouvait que se terminer ainsi! Des morts-vivants végétaliens qui se consument… Impressionnant!

    Par contre, il y a un élément du défi qui n’est pas respecté, ton texte compte 682 mots alors que la limite est de 600. Il ne te reste pas beaucoup de temps, il faudra te dépêcher et retirer quelques éléments que tu jugeras moins importants! Vite, vite !

    1. Merci Jean-François pour tes commentaires ! J’aurais espéré que ça passe inaperçu que cette hyperbole numérique qu’est le nombre de mots supérieur au défi. Je me disais : « Merde, je ne peux rien couper !!! » Puis j’avais réussi à me convaincre que c’est une hyperbole en soi que de dépasser la règle du défi ! lol Bon, je crois que je dois me soumettre aux règles. Je vais devoir sans doute couper sur de bons détails contextuels et garder davantage les éléments en lien avec le voyage… J’essais de remettre ça en ligne d’ici le 1er novembre.

  3. ha ha! Tu t’es fait pogné par ton petit frère han!

  4. Voilà, je me suis déchiré le coeur pour couper dans le gras du texte !!! lol Je me suis soumis aux 600 mots. J’en ai 587 + la note de référence au premier épisode entre parenthèses. Mission accomplie !

  5. Hihihi! Merci Sylvain pour cette suite putride! Et bravo pour le moins de 600 mots (j’ai trouvé ça toff aussi). Eh… Question: Pourquoi 17?

  6. Merci pour ton merci ! Et pourquoi 17 ? L’inspiration du moment à la création… et l’impression à la relecture que ce chiffre convenait parfaitement même s’il n’y avait aucune raison rationnelle pour croire ça. loll

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