Le cousin Germain

– Je te jure mec, j’en peux plus, c’est décidé : j’ai mon ticket, allez HOP ! À moi les grands espaces, la vie dure et vraie, le bon air…

– Mais attends Germain, tu vas pas laisser ton poste à la Fac ?

– Y a pas que la linguistique dans la vie mon pauvre ami. J’en ai marre des intellos, je veux vivre les vraies valeurs, la simplicité… le bonheur quoi!

Quand que le p’tit Germain y a dit ça à son potte comme qu’y disent, y‘a fait une bine pour y montrer comment que sérieux qu’y était dans son idée qu’y voulait venir faire sa cabane au Canada ! C’est pas longtemps après ça que moi-même même en personne, je l’ai rencontré, mon maudit Françâ! Quasiment aussi incroyable qu’une histoire de pêche à Ernest, m’en va vous raconter que c’est qu’c’est qui y est arrivé…

– Fernand ! TSSSS ! Viens voir, tu créras pas ça !!!

« De quoi cé que c’est ? » que j’y dis (Fernand, c’est moé).

– R’gâ ! Ernest me montre une lettre écrite à machine qui dit des affaires à la mode de l’ancien temps : « À qui de droit… En l’occurrence… Veuillez agréer… ».

« TUFFF, TUFFF » que j’m’étouffe… « Quoi cé que c’est ça, veux-tu bein me dire ?»

Pis v’là ti-pas mon Ernest pogné dans un fou rire qui essaye de m’expliquer qu’y a un gars de l’autre continent qui a fait « application » – s’cusez-pardon – pour un « emploi » de bûcheron. Y a envoyé son diplôme, pis des références, pis toute, pis toute, pis…  « Y va arriver demain pour apprendre… PFRRRRMOUHAHAHAH…  la vie, avec RHHHIHIHIHI…  des hommes fiers et vrais PFFFFFFHAHAHAH !! »

Le lendemain, vrâ comme chu là, notre françâ a débarqué. Pauv’ ti-coune. Y faisait pitié à voir, gêné qu’y était avec son équipement tout neuf pis trop grand pour lui. Toute la gang riait dans leur barbe (mais y avaient pas tout’ une barbe ça fait qu’on pouvait s’rendre compte qu’y riaient)…

SHFLOCK, SHFLOCK, SHFLOK (ça, c’était le bruit des bottes mal attachées qui donnaient des becs aux mottes de boue avant d’suivre le pied qu’y était déjà rendu en l’air…).  Germain s’t’avancé pis y a dis au foreman (ça c’est Ernest) :

– Alors monsieur Tremblay eh… enchanté… eh… me voilà, AHUM, tel qu’annoncé dans mon envoi postal. Je… AHUM, j’espère que vous ne me trouverez pas trop effronté, j’ai pris la liberté de AHUM me présenter en personne étant donné mon peu d’expérience… je me suis dit, AHUM… que, ça valait le coup d’essayer ! Je suis très motivé.

– Viens t’asseoir mon ti-gars. Alphonse, va m’chercher un ptit r’montant pour notre nouvel ami.

Pis v’là ti pas mes deux compères qui prennent un coup ensemble, pis HIP’S, qu’y s’découvrent HIP’S, des aïeux communs pis que, bon Yab comme qu’y était, Ernest l’a embauché. Bein sur, ses ptites menottes sont restées bein douces pis bein blanches : Ernest y a inventé un poste de motivateur des troupes. Vu qu’y avait comme qu’on dit de l’expérience dans les langues (à la Fac comme qu’y disent, y enseignait ça), y a appris bein vite la parlure d’icitte pis y nous a concocté des ritournelles. La yousqu’y sont tous les raftmans « BING SUR LE RING BING BANG », c’est de lui… Vous le saviez pas hein ? EH EH EH! on est cousins ou bein on l’est pas !

5 Commentaires

  1. Ah ben, on peut dire que tu as pris le thème de conte de bûcherons à la lettre comme qu’on dit. J’adore ton parler avec ses multiples « que », typiquement de chez nous, parsemés un peu partout. Je ne sais pas si tu es un peu comédienne toi aussi mais je trouve que tu as une belle écriture théâtrale. Alors, ta nouvelle vaut vraiment la peine d’être lue à voix haute.

    J’avoue qu’à ma première lecture, que même si ça devait être évident si on lit bien, je confondais un peu les paroles du Français avec celles des bûcherons purement « Kebecois ». Il faut dire que je m’attardais davantage sur la forme générale fort colorée et distrayante que sur le fond de l’histoire. Par contre, à ma 2e lecture à voix haute, j’ai complètement saisi les 2 accents à employer et je m’en suis beaucoup amusée. Peut-être qu’il pourrait y avoir des expressions encore plus typiquement françaises dans le langage de Germain pour bien distinguer les 2 niveaux de langages, à la lecture silencieuse. J’aime beaucoup aussi tes nouveaux onomatopées inventées, on les sent bien.

    J’ai remarqué un petit détail d’un mot qui était peut-être en trop, quoique c’est peut-être un effet de style que tu voulais mais contrairement aux autres effets, je n’ai pas saisi celui-ci: le 2e même dans « C’est pas longtemps après ça que moi-même même en personne… »

    C’est vraiment chouette comment on peut jouer avec la langue…

  2. Merci Julie :) J’aime bien avoir des commentaires: c’est stimulant et encourageant!
    Je compte inclure tes recommandations que je trouve très pertinentes si je trouve le temps de retravailler le texte.
    J’espère pouvoir te lire à mon tour avant la fin du mois ;) Bonne journée!

  3. Bravo pour ce texte qui fait sourire! C’est gentil de tendre la main aux cousins français! L’alternance entre l’argot et le joual crée un effet stoboscopique déroutant. D’une improbable rencontre, tu as fais une réconciliation réjouissante.

  4. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    J’aime beaucoup la bonne humeur ambiante, et la finale est puissante. Bravo!

  5. Coucou France !
    J’ai bien aimé ton texte. J’avais lu sans commenter lors de sa mise en ligne.
    Je viens de le relire deux semaines plus tard.
    Tu m’as tout l’air d’avoir fait des changements avantageux.
    Tu as ajouté plus de dialogues. J’aime ça. J’essais aussi d’en inclure à chacun des défis.
    Ça rend l’histoire plus dynamique dans une perspective d’écriture de style cinématographique ou théâtral.
    Tu sembles avoir aussi retravaillé ton texte pour le rendre plus réaliste avec un « parlé » ou une « parlure » joual québécois qui convient parfaitement au narrateur. Et le langage « français de France » est aussi très juste.
    Pis l’histoire est surprenante et très diverstissante !
    Bravo pour ta création !

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