Le plus vieil arbre du monde

Dans mon pays, y fait tellement frette que même les écureuils ont le poil givré. Mais parfois, entre le 20 juillet au matin et le 22 juillet à midi, la neige arrête de tomber, le sol dégèle par endroits et puis, la glace sur les rivières se met à fondre. L’histoire que j’m’en vais te raconter, c’est l’histoire du plus vieil arbre du monde. C’est aussi le plus fort car il a réussi à pousser par chez nous.

Tout a commencé par un crac! Une branche se casse. Et un plouf! s’en suit car elle tombe dans l’eau d’un ruisseau. Une toute petite branche, et sur cette branche il y a un gland bien vert.

Suivant le courant, la branche parcourt des milles. Elle fait des flic! flac! en tournant sur elle-même. Elle fait slip! et scratch! en grattant les cailloux au fond du ruisseau. Elle frémit en entendant le pic! pic! pic! du Grand pic qui martèle le bois mort… dire aussi qu’elle aurait pu finir dans le nid d’une perdrix!

Et splash! Le ruisseau se jette dans la rivière. La branche continue son chemin durant des mois, sur des centaines de rivières. Elle avance… Et crounch! Elle passe à deux doigts de se faire écraser par les pitounes qui s’entrechoquent. Ouf! Elle évite tous les barrages de castors et leurs dents acérées, aïe!

Enfin, après avoir parcouru tous les cours d’eau de mon pays, elle est accueillie avec honneur sur le Grand Fleuve, celui qui fait l’envi de tous les poissons d’eau douce. Mais, elle n’est pas au bout de ses peines. Gloup! Elle manque de se faire avaler par une baleine. Mais finalement, après avoir fait le tour du pays, le Fleuve dépose la branche sur une petite butte de terre et elle peut enfin se reposer.

Fier de son pays et rempli des beaux paysages aperçus lors de son voyage, le gland germe. Affrontant les rigueurs du climat, le gland devient une pousse, puis un arbrisseau, ensuite un arbuste, pour devenir un petit arbre et enfin un grand arbre.

Avec les siècles, sous le regard patient d’un corbeau qui fait croâ, le niveau d’eau du Fleuve descend, la butte devient une colline, la colline une montagne, puis une île, laissant finalement apparaître tout un pays, Mmmon pays!

Et c’est comme ça qu’est né le plus vieil arbre du monde. Et cet arbre, si vous voulez le voir, il n’est pas très loin d’icitte. Il se trouve au sommet du Mont-Royal à Montréal.

Alors que je me repose à l’ombre de cet arbre, crac!, une branche se casse… Mais ça, c’est une autre histoire.

Attends donc toé! Puisque t’es là, je m’en vais t’la raconter…

5 Commentaires

  1. Allô Jean-François!
    J’ai bien aimé cette histoire qui commence comme elle finit ou plutôt qui finit comme elle commence ! C’est fou à quel point avec les mêmes consignes on a une variété d’univers ! Bon, pour ce qui est de mes commentaires, eh bien, je me suis demandé en cours de lecture si le temps présent n’aurait pas été plus vivant pour servir les crics et les cracs! À toi de voir !
    Aussi, des petites erreurs que j’ai remarqué au passage :
    Temps de verbe : « … écraser par les pitounes qui s’entrechoquent », changer dont pour que : « celui dont tous les poissons rêvent d’atteindre un jour ».
    Et je te laisse vérifier, mais il me semble qu’il n’y a pas de e pour « avoir parcourue » et pas de t pour « elle fut accueillit » !
    Bonne journée :)

  2. Bravo pour ton récit fort sympathique du petit gland devenu grand. On peut imaginer qu’il attirera sans doute les Français à venir visiter cet arbre sur le Mont-Royal à Montréal!

    J’aurais une petite question existentielle. La branche qui cassa provenait-elle d’un arbre encore plus vieux que le plus vieil arbre du monde? Peut-être que pourrais-tu t’amuser avec cette absurdité lorsque la boucle se referme vers la fin.

    Moi aussi, j’ai noté deux petits trucs à corriger :
    – Il faudrait ajouter un e pour « tombé » dans la phrase « car elle était tombé dans l’eau d’un ruisseau »

    – Pour préciser, comme dit France, il n’y a pas de t pour « elle fut accueillit » mais plutôt un e pour donner « accueillie ».

    À bientôt. (Je me demande encore si j’aurai le temps ce mois-ci pour pondre une idée sonore géniale.)

  3. Merci France et Julie pour vos commentaires. Je dois avouer que dans l’empressement de diffuser le texte, je n’ai pas pris le temps de me relire suffisamment, laissant plusieurs fautes trainer derrière. J’ai remédié à la situation et j’ai aussi fait quelques expérimentations sur les temps de verbes. Finalement, j’ai remanié le texte en le mettant au présent, en effet, c’est plus direct. Quant à la question existentielle (l’arbre ou le gland), elle est effectivement tricotée dans le texte et il n’y a pas qu’une seule réponse, que de la mauvaise foi de la part du conteur!

  4. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    Oh que c’est beau ce parcours. Des siècles en 600 caractères, c’est pas facile à faire. On sent bien l’interlocuteur qui captive son auditoire. Bravo!

  5. Bravo pour ce petit bijou ! J’avais lu sans commenter lors de sa publication. Et, après relecture aujourd’hui, je reconfirme : j’adore ! J’aime le côté fierté du Québécois, tant l’auteur, tant l’ancètre québécois, tant les arbres et la nature, qui sont façonnés par la dureté de leur climat nordique ! Au Québec, là où la nature doit vraiment vouloir vivre pour s’implanter ici !
    Ça défilait dans ma tête comme un film d’animation à la Frederic Back. Belle plume, beaux onomatopées. Et belle chute, qui amène à comprendre la nature, la vie, comme des cycles. Bravo !
    Une dernière chose en passant, el’frère, tu m’as copié ? Wha-a-ha ! Tu m’as volé « mon » Mont-Royal de mon texte du défi d’octobre : « Le crépuscule des morts 2 » ? Whou-ou-hi-hi.
    Que voulez-vous ? Le Mont-Royal, on a ça dans le sang dans la famille ! ? Cré moé, cré moé pas !!!

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