Les belles p’tites femmes des Trois-Rivières

Camp de bûcherons – 1934

Il tonna… Brrrouwwa.

Un ixième éclair… Sshhhrrriiish-kish.

Le vent s’emporta… Shhhoouush-shhouiishhh.

Et la pluie plut… Flip-flip , Ploc-floc.

Aahoooooou !, hurla le loup. Hou-hou, enchaînèrent le hibou et sa chouette.

Kecklak-klik-clackle, firent deux orignaux qui se chamaillaient au loin à coups de panaches et de virilités.

Paquette revenait de la bécosse derrière le dortoir.

Il entendit un des chevaux du camp s’ébrouer… Shffrrriiifreefrrfrrifrrriiii.

Au moment où il referma la porte slack du shack, chlack !, il reprit le fil de l’histoire fantastique que racontait Ti-Paul.

–        Le premier jeudi de ce s’maine-là, Plouffff ! Ça v’nait d’tomber du ciel ! Un barrissement d’éléphant… rrrouaaaiw tombant dret du ciel ! Pas crayable ! Dans c’temps-là, les poules… Cooot-cot-cot avaient des dents.  Pis y avait encore des s’maines de quatre jeudis !, contait Ti-Paul.

–        Wôw, wôw, arrête tes niaiseries, ça se peut pas, coupa Gros Jambon, le meilleur bûcheron du camp qui n’avait cependant pas le meilleur sens de l’humour.

Ha-ha-ha , hé-hé , hi-hohu-hou, rirent les co-chambreurs.

–        C’pas toute ! Le deuxième jeudi de c’te s’maine-là, Miaoooou , Plouffff, c’t’un chat qui tomba du ciel. Pis l’troisième jeudi, Ploufff, c’t’un serpent, Ksss-kss qui m’fouetta même d’sa queue Houit-tiisssch, poursuivit Ti-Paul.

On l’appellait Ti-Paul pour rire car il était le plus grand du camp.

–        C’tait au bord du lac dégelé, quand j’taquinais l’poisson… Mop-mop , qu’j’ai vu ces créatures tomber du ciel, reprit Ti-Paul.

–        T’aurais pas vu tomber des belles p’tites femmes des Trois-Rivières tant qu’à y être ?, lança Maurice Paquette, du fond du dortoir.

Les gars s’esclaffèrent. Oh ! Oh ! , Wah ! , Hi ! Hi !

–        Ben oui, j’en ai vu… mais vu qu’vous passer vot’temps à m’couper, j’vais garder la suite pour demain, récrimina Ti-Paul.

Paquette et deux autres gars rouspétèrent mais les autres achetèrent la paix.

Durant la nuit… Rrrronr-tupu , les bûcherons dormaient… Rrrrrr , mais le dortoir était loin d’être silencieux… Rronrrpf , Prout , Mmmmpff , Pruuîît , Snnniirrf.

Le lendemain, à la salle à manger… Slurp ! La cookerie de Chartier, un gars de Saint-Luc-de-Vincennes, était très appréciée, Gloump ! particulièrement sa galette de sarrasin… Miam !

–        Cook Médéric !, lança Poitras, Hhuuummm , ton pain est bon en Calvaire à matin !!!

–        Merci, mais Tor’yâbe, arrête donc de sacrer !

Les autres partirent à rire… Wha-ha-ha ! Burp ! Oua-Ouaf !

Gros Jambon lâcha un : – Menoum-menoum.

Ti-Paul entra dans la salle. Glou-Glou , Scronch , Scrotch !

Gros Jambon arrêta net de manger. Comme un fauve, ses yeux fixaient sa proie.

–        T’as vraiment vu des femmes des Trois-Rivières tomber du ciel ?, grinça Gros Jambon.

–        J’vous fait pas des accroires, rétorqua Ti-Paul.

–        Arrête de’m’niaiser !!!, cria Gros Jambon en fonçant sur lui. Wôaw ! Humpf !

Pif-Paf ! Pouf ! Bang ! Ti-Paul posa un genou à terre.

Il fut étranglé un moment… Gargl ! Greeeu ! Argn !

Il répliqua d’un coup de genou dans les bijoux de familles de Gros Jambon… Huuumppff ! Ouille !

Ti-Paul l’agrippa ensuite par le fond de culotte… Argl !

Il le garrocha sur une table… Whooua ! Gliiing ! Chtac ! Chtonc ! Splaf !

Gros Jambon se releva, grimaçant, et le propulsa à son tour sur une table… Iiiaarrrr ! Craaac ! Beding-Bedagne ! Clink ! KlunkSchtoumph !

–        Ok, ok, j’contais des menteries. C’t’un ancien jobber dans l’Est qui nous avait conté ça, avoua Ti-Paul.

Gros Jambon retint son dernier geste.

On entendit au loin un Aaaaah féminin suivit d’un Plouffff.

7 Commentaires

  1. Il y a au bas mot 70 onomatopées dans ce texte de 599 mots et un clin d’oeil historique à feu mon grand-père maternel, Médéric Chartier, qui fut cook dans des camps de bûcherons avant de se marier.

  2. Wow! Merci Sylvain pour cette leçon de sonorité écrite, je n’en reviens tout simplement pas à quel point la créativité que tu as mise au service de l’onomatopée a permis de faire des mots qui génèrent des sons justes.

    Le « Tor’yâbe » typique de la Mauricie me rappelait de vieux souvenirs. Que d’émotions aussi avec ces allusions à notre grand-père Médéric.

    Quant au nombre d’onomatopées, je crois que tu as fixé un sommet que ne sera plus dépassé, j’en compte plus d’une soixantaine…

    Mais… Iiiiirrr-thâ! Je dois aussi te dire que la chouette n’est pas nécessaire… que le texte pourrait être légèrement resserrée (j’te jure, j’te cré pas, …) et que tu as dix mots de trop!!!

    1. Merci pour tes éloges sur les nouvelles onomatopées créées au « son » plutôt qu’au « code standard », bien que j’ai aimé utiliser les BANG ! PIF ! à la Batman ! Grand-Papa s’est présenté à mon histoire en que’que part. Il a fait sa place dans la cuisine de mon camp de bûcherons ! Je suis heureux de le recôtoyer à chaque relecture !

      Pour ce qui est du nombre de mots, je suis désolé de t’annoncer qu’il y a un décalage ou une marge de manoeuvre entre les différentes versions de logiciels « Word »… car j’ai revérifié encore et mon logiciel me dit 599 mots. Ma version complète finale avait 753 mots. J’ai dû scier, ébrancher, écorcer, gosser, raboter, sabler et vernir mon texte pour aboutir à 599 mots bien choisis un par un.

      Je trouve donc crève-coeur et gênant pour moi que cette deuxième remontrance en trois textes de la part de mon p’tit frère. loll Je demande que L’Entonnoir accepte une marge de manoeuvre de 25 mots de plus et/ou de moins dans les textes qu’il mesure pour tenir compte des variations de calculs entre les versions de logiciels.
      Merci à l’avance d’accepter cette proposition ! Tordage de bras subtile, ici !

    2. Bon d’accord, si tu es capable de faxer une copie certifiée du nombre de mots compté par ton logiciel… Blague, une lettre assermentée par un juge sera suffisant! Félicitation encore pour tes belles onomatopées!

  3. Bravo Sylvain pour avoir fait revivre ton grand-père dans cette histoire abracadabrante.. Tu m’as donné l’idée qu’il semblait manquer de femmes dans ses camps de bûcherons…

  4. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    J’aime beaucoup! je m’imagine le conteur avec trois sbires derrière lui qui font sa trame sonore. Très dynamique! Bravo!

  5. Allô Sylvain :) À mon tour de t’écrire quelques mots!
    C’est une belle légende, et le fait que ça parle de ton grand-père est très touchant!
    Un bravo spécial pour ces deux onomatopées qui sont si juste: Shffrrriiifree-frrfrrifrrriiii et Houit-tiisssch. Tu ne l’aurais pas expliqué que je crois que je l’aurais deviné :))
    J’ai hâte de te lire en décembre ;)

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :