Soirée merveilleuse

La musique est comme une vague de son, je veux dire, quelque chose de physique qui passe dans mon corps et me fait sentir comme si j’étais de l’eau…  Mon euphorie est orange et je parle, je parle, je parle.  J’explique à Paul comment cette impression de chaleur et de picotement qui a monté dans mon bras s’est transformée en merveilleux.  Il est beau Paul.  Il a les yeux bleus, avec des petits poissons qui nagent dedans.  J’y plonge.

L’eau est encore de la musique, ou l’inverse et cette fois, c’est moi qui suis dedans.  C’est planant.  Je vois le fonds de la mer avec une précision inquiétante.  Je me tourne et de l’autre côté, le ciel étoilé est si près que je peux le toucher.  C’est comme du velours.  Tout à coup, ça bascule et je tombe.

Je tombe très longtemps.  Des objets m’accompagnent.  Tantôt s’approchent, tantôt s’éloignent de moi dans une course inégale vers la fin en bas.  Grille-pain, loupe, poussin de Pâques me regardent tomber.  Ils rigolent.

Ça y est, ma chute arrive.  C’est un trampoline qui prends mon corps et qui le rejette dans un moelleux  mouvement.  Je deviens acrobate de cirque et gracieusement, ma culbute arrière me fait atterrir sur un fil de fer.  J’ai 5 ans, j’ai un nez de clown, j’ai peur : j’ai perdu mes parents.

Je cours, je cours, j’ai de la « barbe à papa » collée partout sur moi.  Ça s’enchevêtre, je suis prisonnière.  Les filaments roses obstruent ma bouche, j’ai peine à respirer.  Je sens ma peau se déchirer.  Ça se fait dans un craquèlement sec mais sans douleur.  Mon corps humide qui est dessous palpite et bientôt, je sors de ma peau.

Je m’envole par à coups.  Je suis hypnotisée par un lampadaire.  Je m’approche.  Je brûle.  Ça brûle vraiment.  Je brûle.  Je ne suis plus qu’une espèce de poussière qui tombe du lampadaire, sur le sol.  Tout autour de moi se liquéfie.  Je me refais à partir de cette masse gluante qui est tout autour.  Mes jambes tranquillement se façonnent, comme si elles se remplissaient d’elles-mêmes.  Mon corps tout entier se refait de la même matière que le paysage qui m’entoure.  Je suis sur un pont.  C’est bleu, orange, gris. 

Je ressens une douleur aigue.  Je cris.

Puis la musique redevient un bruit.  Toute la masse de mon corps me retombe dedans.  J’ai mal à la tête.  J’ai froid.  Paul a vomis.  Je regarde la seringue par terre et je pleure doucement.

8 Commentaires

  1. Il ne me vient qu’un seul mot en tête: «psychédélique»! Et l’étymologie de ce mot n’est pas inintéressante : qui montre, rend visible, révèle l’âme!

  2. Bravo France. Tu es vite sur le piton ce mois-ci ! Superbe coup d’envoi ! Quel kaléidoscope de créativité. Tu nous plonges dans un rêve-cauchemar affolant. J’étais émerveillé comme au parc d’attraction. Encore bravo !

  3. Salut les frérots :) Merci pour vos gentils mots… J’ai hâte de vous lire! Et je dois dire… Merci Jean-François de ne pas nous avoir donné un défi de « Noël ». J’avais un peu peur ;)

  4. 3 mots: inspirée, inspirante et papillonnaire ! C’est que j’aime bcp le bout de la barbe à papa tel un cocon. C’est fou ce qu’on peut faire avec un défi. Je peux dire que je ne m’attendais pas à ça. Tu te dépasses sans cesse ma chère France.

  5. Wow! Merci Julie :)) Je ne suis pas certaine de la fin par contre… « Je pleure doucement », ça ne fitte pas on dirait, je ne trouve pas ça crédible. Les suggestions sont bienvenues! Au plaisir de te lire chère Julie !

  6. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    Wow, j’aime beaucoup. On est dans un délire d’enfant, puis la chute nous ramène à une toute autre réalité. T’as vraiment un grand sens de la « misdirection » comme on dit en anglais, avec une phrase coup de poing qui nous arrache et nous dépose dans un tout autre tableau. Bravo.

  7. Je n’ai pas assez pris de drogue dans ma vie pour pouvoir suggérer une autre fin ;o) Je laisse les autres s’exprimer. Sans blague, je n’haïs pas ta fin du tout, on imagine bien la fin du trip. Et si tu enlèvais seulement le « doucement » pour terminer tout simplement par « et je pleure. » Ce serait une finale encore plus abrupte et ça pourrait laisser au lecteur le loisir d’imaginer la manière. Ce n’est qu’une suggestion spontanée. Qu’est-ce que tu en penses?

    1. Ouais, je pense que j’aime mieux ça… En fait, je me demandais si c’était crédible qu’elle pleure « tout court »… Est-ce qu’elle est assez « proche » de ce qu’elle ressent vraiment? Ça pourrait être une envie de pleurer qui monte et qui reste pris dans la gorge… Humph… On va attendre et laisser murir ça ;)

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