Un cri singulier

À une époque où il semblait déjà venir trop rapidement, j’ai vu le futur, et j’ai tremblé.

Sur le quai, accompagné de confrères aussi indifférents à mes états d’âme que l’auraient été des étrangers, je vis le ciel d’Oslo s’embraser et devenir rouge comme le sang, envahi par les cendres du Krakatoa; même la planète semblait difficilement contenir sa colère, ce soir-là.

Des fjords ténébreux sillonnés de langues de feu, je crus discerner une plainte infinie, une lamentation plus ancienne que la jeunesse des dieux. Chancelant, je me pris la tête entre les mains; qui étais-je pour retenir mes craintes si même l’Univers, troublé, ne pouvait plus contenir les siennes?

Étais-je vraiment le seul à vouloir hurler face à ce que nous étions devenus? À ce que nous allions un jour devenir?

Je débordais, je ne pouvais plus continuer…

J’expulsai soudain, comme l’avait osé le puissant Krakatoa, un cri porté vers l’éternel, un appel à l’aide pour des renforts qui ne semblaient jamais venir. J’en fis un masque pour dissimuler mon âme meurtrie, et me protéger de ceux qui se plaisent à émietter l’espoir des gens qu’ils rencontrent. On tenta même de me le voler, ce cri, la seule chose qui me restait, à l’époque. Et ce, à plus d’une reprise, comme si l’angoisse pouvait être monnayée, voire récompensée.

Mais elle ne peut l’être: elle n’a aucune valeur.

Car même si la plaie est vive, la douleur, elle, est éphémère.

8 Commentaires

  1. Bienvenue dans l’Entonnoir Mathieu.

    Magistral ce cri ! On sent toute l’intensité de la douleur et la profondeur de l’angoisse.

    C’est un plaisir de te lire.

  2. « Car même si la plaie est vive, la douleur, elle, est éphémère »

    Cette phrase m’a laissé sans mot.

    j’adore!

  3. Bonjour Mathieu :) J’ai bien aimé certaines expression de ton texte. « sillonnés de langues de feu », « plus ancienne que la jeunesse des dieux », « émietter l’espoir ». Ta façon de dire est originale et recherchée… Bienvenue dans la gang!

    1. Merci, merci ! C’est bien gentil de prendre le temps de me donner tes commentaires !! ;) Mathieu

  4. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    Très beau texte. Bravo.

     » J’en fis un masque pour dissimuler mon âme meurtrie, et me protéger de ceux qui se plaisent à émietter l’espoir des gens qu’ils rencontrent. »

    J’adore cette phrase. Beaucoup.

    1. Merci. La réaction jusqu’à présent est fantastique. Merci de tous vos commentaires, c’est très apprécié.

  5. C’est drôle j’allais citer le mênme passage que Jean-Robert. On dirait que c’est ce que ton texte nous incite à faire, simplement ressortir les phrases qui nous ont parlé. Bravo encore, belle écriture recherchée mais drôlement fluïde. Bienvenu parmi nous Mathieu. Yé la gang s’agrandit!

  6. Bravo Mathieu.
    J’ai adoré. Texte puissant. Détails grandioses. Une éfluve d’épopée. Une saveur de mythe.
    Un cri de l’âme du personnage. Une écriture colorée.
    Ce fut un plaisir à lire.
    Espérant te relire le mois prochain au défi de janvier.

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