La fin d’une vie

Je venais d’emménager dans mon nouvel appartement spacieux avec sous-sol. Seul dans un amas de caisses et d’objets divers qui recouvraient le moindre centimètre carré du plancher jusqu’au plafond, je commençais à penser que je n’y arriverais jamais!

Pourtant la journée avait bien commencé. Nombreux furent les parents et amis à venir m’aider pour le déménagement. Chacun était venu faire un petit tour mais, je compris ensuite ce que leur enthousiasme cachait. Sachant que j’avais maintenant un sous-sol, ils me demandaient tour à tour d’entreposer quelques petites choses, presque rien! Mais petite chose par dessus petite chose, mon appartement se remplit de choses qui ne m’appartenaient pas, et ce, avant même que je l’aménage.

Mon ancien coloc avait quelques caisses de livres dont il ne voulait pas se débarrasser mais, son nouvel appartement était trop petit… Ma cousine avait besoin d’entreposer une chaise de bébé et quelques malles de jouets qui ne servaient plus. Le mari de mon amie avait apporté une sécheuse et, je crois qu’il a fait exprès, il a oublié de la remettre dans son camion avant de partir, alors que je lui avais signifié clairement, il me semble, que je n’en avais pas besoin.

Mon ancien meilleur ami n’avait pas de place pour mettre les pneus d’hiver de sa voiture. Mon frère m’avait confié sa boîte de manuscrits poussiéreux auxquels il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Ma tante Simone voulait remiser les souvenirs de l’héritage de ma grand-mère maternelle. Et j’en passe…

C’est ainsi qu’à la fin de la matinée, je me retrouvai seul au milieu d’un océan de boîtes et d’objets disparates. J’essayai d’abord de nettoyer les murs et les planchers qui, soit dit en passant, avaient été laissé dans un état plus qu’inacceptable par les précédents locataires. Je tentai ensuite de me faire un chemin à travers les caisses qui débordaient d’articles qui s’étalaient sur les planchers. Sans oublier tout le temps perdu à chercher dans les caisses chaque objet dont j’avais besoin : une casserole, la douzaine d’oeufs, une spatule, …

Au bord de la crise de nerfs, je fus soudain pris d’une incontrôlable colère. Sur un coup de tête, je laissai tout dans l’état, pris mon auto et partis vers la campagne. Je me sentais enfin libre, la musique dans le tapis et le pied sur le champignon. Je commençais à me détendre lorsque j’aperçus au loin un magnifique couché de soleil. J’arrêtai la voiture, traversai le petit pont surmontant le ruisseau qui se jetait dans la rivière et m’arrêtai pour contempler le paysage.

Le soleil semblait avoir peint les nuages de rayures superposées en différentes teintes d’orangé. Ce ciel éblouissant contrastait d’avec l’eau presque noire qui coulait sous le pont. Désaltéré de calme et de beauté, je me sentis prêt à retourner à la maison. En me retournant, une idée me vint à l’esprit et mon sang se glaça dans mes veines. Je mis mes mains de chaque côté de ma tête et, alors que tout autour de moi semblait se liquéfier, je devins blême. J’aurais voulu poussé un cri mais plus un son ne sortait de ma gorge. Je venais de me rappeler que j’étais parti de la maison en laissant mes œufs brouillés sur le poêle allumé!

Après quelques minutes d’angoisse, je me remis à respirer normalement en me disant que c’était bien fait pour les gens de mon entourage. Je décidai de ne plus retourner en ville et de refaire ma vie tout près d’ici, dans ce paysage pittoresque.

5 Commentaires

  1. Hahahaha! Tu m’as bien fait rire Sylvain! Sans farces, j’ai vraiment rit, audiblement, à la lecture de l’oubli des oeufs sur le poêle! :)) Ton idée est rafraichissante et surprenante!

    1. Hahahaha! Je viens de confondre les deux frères! :)) Désolée Jean-François!

  2. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    BRavo! J’aime bien l’obsession du début et la montée d’angoisse.

    (3e paragraphe: colloque, tu veux sans doute dire co-loc, non?)

  3. Ah la fin libératrice fait beaucoup de bien, tout foutre ça là et recommencer à neuf ! C’est trop drôle comme histoire. Est-ce inspiré d’un fait vécu?

    1. Merci pour les commentaires. Mais, pour répondre à ta question, il n’y a rien d’un fait vécu dans tout cela! J’ai seulement cherché à créer une catastrophe par accumulation autour d’un geste anodin. Peut-être y a-t-il un peu de vécu dans l’angoisse de se sortir vivant d’un déménagement…

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