Matin d’école

7h00 : Le cadran sonne.  Je dors.  Je n’entend rien.

7h10 : Le cadran sonne toujours.  Mes oreilles se désengourdissent.  Le bruit est agaçant, mais rien ne peut me faire bouger.  Il n’y a que le bras qui peut se mouvoir à la façon d’un réflexe pour appuyer sur le bouton « snooze ».  Je me rendors.

7h20 : Le cadran sonne de nouveau.  C’est comme si je n’étais pas vraiment réveillée : ma main trouve encore une fois le bouton « snooze » sans que j’en ai conscience.  Je m’applique à dormir.

7h30 : Ma mère entre dans la chambre : « Il est assez tard France, là.  Tu va arriver en retard à l’école.  Lève-toi là ! ».  Elle répète ça tous les matins.  Je n’en peux plus d’entendre sa voix aigüe et gentille.  Je me bouche les oreilles, enfouis ma tête sous les oreillers.  Je me convaincs qu’aucun son ne peut m’atteindre.  Je retourne chez Morphée.

7h40 : Ma mère recommence son manège.  Cette fois-ci, elle ouvre grand les stores.  La lumière est violente à mes pauvres yeux, même fermés.  Ne pouvant atteindre l’interrupteur d’où je suis, je recouvre mon visage avec la couette.  Laissez-moi dormir, laissez le monde aller sans moi un peu, j’arriverai bien à vous rejoindre !

7h50 : L’insistance de cette femme est un mystère de la nature.  « Vous-savez-qui » m’a privé de mes chaudes couvertures.  Je ne suis plus qu’une pauvre loque grelottante sous les minces draps, plissant les yeux pour qu’il n’y fasse plus jour dessous les paupières.  Je tente désespérément de retrouver les douces limbes.  Dur constat : je n’y arriverai pas.

8h00 : Je n’ai maintenant nul autre but que de la faire taire.  Ici, bien peser chaque mot à la façon d’un exercice difficile et laborieux :  « Je-me-lève ». Comme une condamnée, je me traine hors du lit.  Ne pas bouger trop vite.  La lenteur est comme un reste de sommeil qui me berce.

8h10 : « Tu dois partir maintenant France si tu ne veux pas être en retard ».  Je m’habille en prenant quelques pauses à l’horizontale.  Comme bouffée par le matelas, je ne peux pas résister à m’engouffrer dans un état de mi-conscience.  Juste quelques minutes encore.

8h20 : C’est un fait mathématiquement irréfutable : Le temps a beau être élastique, à l’heure qu’il est et compte tenue de l’heure à laquelle l’école commence, prenant en considération la distance à parcourir pour m’y rendre et la vitesse à laquelle je suis capable de me déplacer, je n’arriverai pas à l’heure, à moins de passer dès maintenant en mode « urgence ».  Comme les derniers cliquetis d’une horloge avant l’explosion de la bombe, ma conscience s’illumine par à coups et l’instant d’après, je me mets en action.

8h31 : La cloche vient de sonner.  Une fraction de seconde avant mon arrivée…  Devant la porte close de mon cours, je reprends mon souffle puis entre dans la pièce avec un sourire charmeur. Je dis : « Désolée ».  Je pense : « Mais bon…  on ne peut pas dire que je suis vraiment en retard… »

4 Commentaires

  1. J’avoue, c’est auto-biographique…

  2. Ça me rappelle des souvenirs… Rien de plus efficace que la dernière minute. Récit auto-bio joliment tourné. Bravo, ça débute bien l’année.

  3. Il y a de ces épisodes qui prennent racines dans nos plus vieux souvenirs et… qui se répètent jour après jour depuis ce temps ! Bravo pour ce texte qui nous fait ressentir la douleur du réveil. Ça fait parfois si mal de se réveiller.

  4. Bravo ! Très amusant que cet « anti-film-d’action ». Il y a pourtant des éléments d’un suspense et même d’un thriller… La mère va-t-elle encore attaquer ? loll Au plaisir de te lire en février. Le prochain défi promet beaucoup aussi !!!

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