Restes de discorde

Oiseau de malheur! Lorsque je l’ai vu, j’ai cru que ma vie allait changer. Pourtant, je me retrouve à présent devant sa dépouille après avoir commis le pire acte que je puisse imaginer.

Comment ai-je pu me ramasser dans cette situation ? Je l’ai croisé à l’épicerie, alors que je me disais justement que j’étais tanné qu’on me perçoive comme une célibataire endurcie qui ne pense qu’à elle. Je l’ai vu et ma perspective sur la vie a changée. Je me disais qu’il était temps que je cesse de faire la timide et que je me lance.

Je n’aurais jamais dû le ramener à la maison! Maintenant, je le regarde, froid. Il faudra bien que je fasse quelque chose de ce corps inerte, mais je n’ai pas le courage d’y toucher.

En le voyant à ce moment-là, j’avais eut l’impression que je pouvais changer, sortir de mes habitudes, de mes zones de confort. J’avais repris confiance en moi et je retrouvais l’impression d’être une personne exceptionnelle.

Mais à présent, je n’arrive pas à me décider. Le temps passe et je n’ose toujours pas m’en approcher. L’idée même d’y toucher me lève le cœur.

Je m’étais pourtant décidé à me lancer dans l’aventure. Je l’avais trainé avec moi toute la journée au centre-ville et finis par le ramener à la maison le soir. Je passai une excellente nuit, fière d’avoir osé.

Je n’arrive guère à me convaincre. Il faudra pourtant que je fasse quelque chose car, si je le laisse là, il finira par pourrir et une odeur atroce envahira tout mon appartement.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner sur un fond de musique gaie, mon humeur était à son apogée. Aucun obstacle ne me paraissait trop grand. C’est à ce moment que le téléphone avait sonné. C’était ma mère et, sans savoir pourquoi, je ne pus m’empêcher d’inviter mes parents à venir souper le soir même à mon appartement. Et raccrochant, je me dis que c’était une formidable occasion de leur en mettre plein la vue.

Que faire maintenant? Rien de plus qu’un tas de chair molle. Juste à le regarder, immobile, j’ai le goût de vomir. Il faudrait que je charcute cette masse pour effacer les traces de cet horrible repas.

Je passai la plus grande partie de la journée à le préparer pour qu’il ne me fasse pas honte devant mes parents. Durant la cuisson, j’avais pris une douche et m’étais habillée convenablement.

Le soir, lorsque mes parents l’on aperçut, ils se sont mis à rire. Ils se sont moqué de moi! D’abord, je fus gêné puis, je devins folle de rage. Jamais je n’aurais pensé un jour être si violente. Je chassai mes parents en leur disant que je ne voulais plus jamais les revoir. Ensuite, hors de moi, je perdis le contrôle de mes gestes. Je me tournai avec agressivité vers ce pécore. Je pris le plus grand couteau qu’il y avait dans la cuisine et je le plantai en plein dans sa poitrine.

Je ne voulais pas commettre un tel acte. Mais à présent, il était trop tard. Je me retrouve seule, assise à table à regarder le cadavre répugnant devant mes yeux, avec cette arme plantée dans sa chair. Je le regarde depuis des heures sans pouvoir m’empêcher de pleurer. Je n’ai jamais fait ça auparavant et je n’ai pas le coeur d’y toucher. Finalement, je pris la décision que je ne le ferais pas. « Je ne dépècerai pas ce poulet de malheur! » m’écriai-je, et je le mis tout entier dans la poubelle!

2 Commentaires

  1. :)) Hahahaha! Bon punch. La 2e lecture a été particulièrement délicieuse. J’ai trouvé intéressant le fait de valser entre le temps présent et le temps passé.
    Félicitation :) Au plaisir de te lire le mois prochain!

  2. Super original !!! Une histoire à la « Le 6e sens », où à la fin du film on se dit : Hein ? Il était un fantôme ? Hein ? Je le croyais vivant ? Hein ? Vite, on regarde le film une deuxième fois et là on trippe encore plus que la première fois à tout comprendre. Bravo ! C’était finalement « faussement » troublant et faussement « gore » que ce cadavre dans cet histoire… lol

    Mais comme des fleurs viennent souvent avec un pot, je te le remet gentiment entre tes mains… C’est que je suis souvent impitoyable face à ce que l’on appelle en scénarisation « la vraisemblance ». Il y a 2 ou 3 endroits où j’en ai vu, mais heureusement rien de grave au niveau structurel de l’histoire, ou au niveau de l’enchaînement… D’ailleurs, j’ai 2 ou 3 petites suggestions… Attention de ne pas mélanger ici le sens entre « la vraisemblance » et « la fiction ». C’est deux choses différentes. Même en fiction, dans le scénario le plus flyé et improbable, il doit y avoir une logique, un réalisme, une vraisemblance dans les actions posées par les personnages. Voici donc mon humble contribution à ton texte.

    1. Le texte dit : « Je m’étais pourtant décidé à me lancer dans l’aventure. Je l’avais trainé avec moi toute la journée au centre-ville et finis par le ramener à la maison le soir. »
    Commentaire : Donc, dans cette histoire, il est plutôt impossible qu’elle ait traîné son poulet cru avec elle toute la journée dans ses déplacements… Il aurait « passé date », il aurait périt, et donc pas « cuisinable ». On ne fait pas cuir un poulet qui a passé 6 heures non réfrigéré… Solutions : Tu mentionnes quelque part que c’est l’hiver, qu’elle se déplace en voiture. On supposera alors que le poulet sera resté au froid dans l’auto. Ou, tu mentionnes qu’elle le ramène immédiatement à la maison après l’épicerie. Elle n’a pas vraiment besoin d’aller magasiner au centre-ville.

    2. Le texte dit : « Que faire maintenant? Rien de plus qu’un tas de chair molle. Juste à le regarder, immobile, j’ai le goût de vomir. Il faudrait que je charcute cette masse pour effacer les traces de cet horrible repas. »
    Commentaire : Un petit détail m’agace : Il n’est pas vraiment possible qu’un poulet cuit soit « un tas de chair molle » car il est cuit et donc ferme. Solution : Juste enlevé le mot « molle ».

    3. Le texte dit :  » Je l’ai croisé à l’épicerie, alors que je me disais justement que j’étais tanné qu’on me perçoive comme une célibataire endurcie qui ne pense qu’à elle. Je l’ai vu et ma perspective sur la vie a changée.  »
    Commentaire : Dans cette histoire, on doit finalement comprendre que ce qui est exceptionnel et osé pour elle dans son comportement ne soit plus de ramener un mec à la maison, mais bien plutôt que de se faire elle-même à manger avec ce poulet.
    Solution : Il serait alors judicieux de rajouter un petit détail. Juste dire quelque chose genre :  » « qu’on me perçoive comme une célibataire endurcie qui en a même perdu l’habitude de cuisiner », selon mes copines. Je me suis dit : Ose. Hop ! Je le ramène pour souper à la maison.  »

    Rien d’autre à rajouter. Oupss. Si. Encore bravo ! Ce ne sont au fond que des petits ajustements, des détails qui serviront à augmenter le réalisme de l’histoire. Autrement, j’adore ton intrigue et la qualité de ta plume. Ciao !

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