Réalité d’enfant

Madame Leloir professeure de sixième :
– Silence! Définissez les mots de vocabulaires de votre roman d’Alexandre Dumas. Allez-y !
– Psst… Mélie ? J’ai rien lu…
– Tu regarderas ma feuille… Dans cinq minutes, j’vais aller aux toilettes…
– Ha…Cool cette fille! se dit Christopher
Les deux enfants venaient d’une famille dysfonctionnelle, et partageaient un douloureux passé de familles d’accueils. Mélissa se lève et lui envoie un sourire complice. Christopher sent un chaud rayon lui sortir du plexus.
– J’ suis amoureux… se dit-il
Madame Leloir s’impatiente :
-Retourne à ta place jeune fille ! Les toilettes c’était tout à l’heure !
Tant pis…j’invente ! se dit Christopher
Bourg : Ville de Bourguignon
Gentilhomme : Homme gentil
Humeur : Homme qui hume
Antichambre : Entrepôt de munitions
Sa feuille devient noire. Christopher voit son père avec son fusil dans les mains.
– Suis-moi et ta gueule ! lui dit-il.
La main du paternel lui écrase le poignet. Christopher connaissait tout les recoins de ce quartier d’Hochelaga Maisonneuve. Sa peau s’éraflait jusqu’au sang sur le béton de la ruelle. Le père en sueur se penche prudemment la tête vers la rue. « POW ! » Christopher tremble de tout son corps. C’était le bruit sourd de son dictionnaire tombé à plat ventre sur le plancher. Quatre filles de la classe en profitent pour lancer des cris stridents.
La titulaire fâchée :
– Christopher ! Chez le directeur !
Ses deux maudits running shoes s’en allaient directement vers le grand redouté de toute l’école. Cet homme en costume bleu marin, horriblement laid et cravaté en rouge ressemblait aux vieux laquais que lui décrivait son livre des Trois Mousquetaires.
-Entrez ! dit-il
Christopher, fige de terreur. Son père était là ! Comme un cauchemar qui ne cesse de se répéter, l’homme n’avait pas changé. Le directeur haletait. Christopher compris que celui-ci essayait de contenir sa panique. Le regard bleu acier du père le crucifia sur place.
– Ha ! Te voilà…! Il est temps de partir, quittez cette école et vivre un nouveau commencement à Sorel !
-Monsieur, un rendez-vous est prévu avec sa psycho éducatrice la semaine prochaine…dit le directeur
Christopher tourne les talons et court à toute allure vers sa classe.
– Madame ! Mon père est là !
Elle ordonne :
– Vous autres, pas un mot !
Elle ouvre son cagibi et le pousse dedans. Prit comme dans une souricière, il tire la petite fenêtre et saute dehors.
Trois coups de poings font retentir la porte de la classe. Droite comme un pic, elle ouvre.
– Ouiiii ?
– Chrisptopher Bernier
– Pardon? Vous-êtes ?
– Son Père!
– Ha, excusez-moi. Je viens tout juste de l’envoyer chez le directeur
Le père pensif scruta scrupuleusement tout les recoins de la classe. Tous les élèves le dévisageaient, sauf Mélissa qui regardait étonnement vers la fenêtre…
– Pourquoi… Le directeur ?!
– Il a… De la difficulté, à rester concentré. Et, nous voulons l’aider à développer une bonne attitude, afin qu’il obtienne une cote respectable pour son entrée au secondaire…
Le père explose : – Il court dans le corridor, niaiseuse !
Le directeur arrive : -Monsieur, c’est le rassemblement de la récréation. Venez !
Au loin, on entend une sirène de police. L’homme se dirige aussitôt vers l’extérieur du bâtiment. La voiture de police qui ramenait Christopher à l’école, lui passe sous le nez. En deux secondes, père et fils ont un plongeon dans les falaises meurtrières de leurs regards mutuels. Mélissa déambulait curieusement sur le trottoir d’en face. Le père sourit intérieurement. Christopher hurla en silence. Depuis ce jour, on annonce la disparition de Mélissa Trudel.

4 Commentaires

  1. D’abord bienvenue parmi nous ! Et bravo pour ce texte de haut calibre ! J’ai trouvé cette histoire à la fois touchante et terrifiante. La finale a de quoi glacer le sang dans les veines. Bref, ce récit est d’une efficacité redoutable !

  2. Oufff! Que je suis contente que tu te sois laissée inspirée par les fameux mousquetaires pour te joindre à nous. Quelle terrible histoire! Non mais sérieux, j’en frissonnais, j’étais sur le bout de ma chaise le coeur battant. On dirait que je viens d’écouter un thriller. Mais on a envie de connaître davantage ce fascinant Christopher. Et cette Melissa que devient-elle? La retrouvera-t-on? Et même le père, quelle est son histoire pour qu’il soit si mauvais? Et cette institutrice salvatrice…On est en effet porté par tes personnages attachants, envahissants. Tu as eu l’art de bien utliser les mots pour nous transporter dans un autre univers. Tu es une conteuse hors du commun! Bravo et bienvenue chère, chère amie.

  3. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    Bravo! Bienvenue!

    Très touchant ce texte. On sent une imagination riche chez le petit Christopher, imagination qui n’arrive pas à s’extérioriser. Bouleversant.

  4. Merci pour vos commentaires, dès plus encourageants ! Publier, mon premier texte dans lentonnoir fut pour moi, un défi ! L’effort en vaut la chandelle ! Ça revigore l’esprit, réchauffe le coeur et donne envie de poursuivre l’aventure imaginaire ! Et, surtout sachez que vous lire m’inspire…Encore! isa

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