Ce bourg de malheur!

Il y a plus de cinq cents ans, dans une contrée agréable, était venu s’installer un prince. Comme il n’aimait pas la vue des gens, il fit construire son château au sommet d’un gigantesque rocher qui dominait la plaine. Avec ou contre son gré, au fil des années, un bourg se forma autour du château, tout un quartier de commerçants pour combler tous les besoins de ce mauvais gentilhomme. En cet endroit, tout le monde était affairé pour servir Sa Majesté et la mauvaise humeur se lisait sur tous les visages.

À travers tous ces commerçants d’antichambre, il y avait un homme que tout le monde connaissait et qui déambulait dans les rues du quartier sans se presser, un vieil homme qui vivait de sa mendicité. Tous les jours, il circulait dans les rues et toujours cette phrase qu’il lançait à qui voulait bien l’entendre : « Tout est gris dans ce bourg de malheur! »

Un beau matin, après des années de silence de la part du prince, on entendit un bruit en provenance du château. Les grandes portes s’ouvraient dans un grincement métallique. Le prince, assis sur un palanquin porté par ses laquais franchit la porte. Les porteurs s’immobilisèrent et déposèrent le siège princier sur le seuil. Le prince se leva et observa la foule qui s’attroupait devant lui. Au bout d’un moment, il s’adressa ainsi aux habitants du bourg.

« Le temps est venu de passer à une nouvelle étape de ma vie. Mon pouvoir est grand, mais ce n’est que le commencement, car demain, je serai le maître du monde. » Après un instant de triomphe devant une foule toutefois silencieuse, le prince ajouta : « Mon plan est fait, tout est prévu et ça commence par l’éradication de ce bourg de malheur! »

Sans comprendre ce que cela signifiait, la foule resta silencieuse. Les porteurs relevèrent le palanquin et le prince retourna dans son château. Les commerçants les moins scrupuleux se demandaient si leurs affaires allaient être préservées ou s’ils étaient aussi visés par cette sommation. La porte était restée ouverte et la foule murmurait.

C’est alors qu’une compagnie de gardes armés jusqu’aux dents sortit du château. Ils formèrent un mur et avancèrent en marchant d’un pas lent et régulier, levant leur épée et l’abaissant sur les gens qui cherchaient à fuir. Pris en souricière par les murs du bourg, les habitants furent massacrés sans vergogne. Seul le vieil homme regardait la scène calmement, d’un air pensif. Sans difficulté, l’ensemble des habitants fut éliminé, du plus valeureux au moins respectable. C’est ainsi que ce rassemblement spontané devant les portes du château se transforma en un horrible massacre.

Après une chaude soirée d’été, un orage se leva dans la région. La tempête s’abattit avec force sur le château; le tonnerre et les éclairs enveloppèrent le rocher durant toute la nuit. Au matin, le soleil se leva sur la contrée, victime d’une grande disparition, une grande portion du rocher était manquante, probablement tombée au bas de la falaise durant la nuit. Plus de château ne restait à voir en ce doux matin humide, qu’un arc-en-ciel éblouissant qui émergeait de là pour colorer le ciel d’un air nouveau.

3 Commentaires

  1. Wow j’adore la dernière image. ET vlan dans les dents! Aussi bien tout refaire à neuf. Ces mots des Mousquetaires semblent nous inspirer de grandes catastrophes si on fait le bilan. Mais dans ton cas, on passe du chaos à la renaissance. Une note d’espoir sur cet univers macabre.

  2. Jean Robert Bourdage · · Réponse

    Bravo! On se croirait dans les anciens contes d’Andersen, où chaque action, acte, a une répercussion. Ces contes avaient une grande importance dans le subconscient. Malheureusement, avec des versions édulcorées à la Disney, ils ont perdu leur fonction. Mais encore bravo!

  3. Le personnage du vagabond nous donne accès aux type de gens qui ont la capacité de vivre avec une vision réaliste du monde. Autant , il est démunit autant il porte en lui la force de survivre dans cette dur réalité. Le lecteur est aussi plongé dans la cruauté d’un génocide gratuit et subitement dans l’émerveillement d’un arc-en-ciel qui nous donne mal aux yeux. Oui, l’homme est destructeur et la nature sera toujours plus forte que lui…Merci pour ce voyage de contraste…! isa

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