Fleurs invisibles

RDI  «Après 16 ans de recherches,  le corps de Mélissa Trudel  a été retrouvé enfoui dans un terrain vague de la Montérégie. Une enquête est en court.»

La télévision lui envoie les images de la vielle propriété du paternel, où s’affairent la police et les médias. Il remarque son vieux tricycle, sa pelle et un drôle d’arrosoir. La morbidité des lieux le fit vomir dans les toilettes.

Mélissa Trudel était le point d’encrage de son enfance. L’amour de sa vie disparu de son école le 16 février 2012. Au bout de trois jours, Christopher inconsolable fini par s’endormir  …

-Voilà les amis, nous allons vous donner vos responsabilités de la semaine ! Mélissa, tu arroses les plantes. Christopher tu passes le balai. Antoine s’occupe de laver… Nadia de placer… Allez-y!

Mélissa arrose avec attention chacun des carrelages du plancher. Christopher chevauche son balai et saute à pieds joints dans les flaques d’eau.  La classe de maternelle de dame Lili est formidable!

-Mélissa ?!!! Arrête! !! Crie Lili, en panique, les pieds complètement trempés

-Non madame

L’éducatrice lui arrache l’arrosoir des mains

-Mais, qu’est-ce que tu fais ? Lui dit-elle désemparée

– J’arrose l’herbe caché en dessous ! Ça fera des petits trous et le gazon va pouvoir pousser ! Cet objet est un «Pousseur ! » J’veux arroser tout de suite!!!! Hurle l’enfant de toutes ses forces.

-Non !

-Oui!!!!  Crie Christopher, en  frappant son balai sur la table.

Il se réveille. Il s’habille et court sonner à la porte de son centre d’accueil de jadis.

Lili lui ouvre. Elle s’exclame :

 -Mon petit Christopher !!! Entre ! Ça fait si longtemps….

Ils vont droit aux buts.

-Oui je l’ai vu aux nouvelles « notre pousseur», il y en a pas deux comme cela hein? Je m’en souviens très bien. J’y avais collé une grosse salière remplie de petits brillants dorés sur le bec.  Notre petite Mélie  pouvait, de cette façon, abreuver ses fleurs invisibles ….

Une larme lui coule sur sa joue, maintenant ridée…Elle poursuit;

– Je n’oublierai jamais le cœur que tu y as mis pour lui coller une rallonge avec ton bout de manche à balai brisé mon Cricri.

– Elle me faisait pousser des fleurs au plafond! Lili, je l’aimais! Dit Christopher

– Oui, et moi aussi! … Elle s’écroule sur la chaise du hall.

Écoute, je suis terrifiée. Car, j’ai donné l’arrosoir en cadeau souvenir, à Paulo. Notre petit virtuose. Il s’est fait adopté hier.  Il voulait faire pousser des notes de musique. Lili, hésite…

– Tu crois qu’il pourrait être… Là !?

-Si, je ne suis pas revenu à 17h00, téléphone la police.

-Non…. dit-elle, le souffle court

Christopher roule jusqu’à son ancienne vie, cache sa voiture et s’avance à pas de loup vers l’arrière de la maison. Tout est faussement sécurisé par des bannières jaunes de la GRC. Il ouvre la trappe secrète cachée là depuis toujours. Sans bruit, il s’engage dans le tunnel obscur…

Le dos du monstre apparait. Il balance nerveusement un violon au bout de sa main droite. Un  écho d’horreur tourne en  sons dissonants  sur les murs de la cave. L’enfant blessé immobilise sa tête avec ses deux mains.

-Papa ! Dit froidement Christopher

Le père échappe l’instrument qui éclate un geyser de vibrations apeurées sur le sol.

-Enfin tu viens m’aider mon petit? Dit l’odieux sans se retourner

-Oui. Répond le fils

-Alors…Vas-y ! Dit le père, en montrant l’enfant de la main.

Une force surhumaine s’empare de Christopher. Il saute dans le dos du tueur, l’immobilise et lui tranche la gorge. Le fou s’effondre. L’enfant titube vers son violon difforme et le prend. Les deux survivants s’enlacent l’un dans l’autre et rebroussent chemin.

Sur terre, Paulo montre son arrosoir au loin…

-Non Paulo…C’est trop dangereux …

– J’veux faire pousser les enfants, qui sont morts ici !

– Désormais et pour toujours ton violon sera notre «pousseur d’anges».

7 Commentaires

  1. Brillant! Tu nous mènes à travers un mystère qui donne envi de comprendre… La surprise est totale à la fin. Aussi, les images que tu apportent sont magnifiques.

    Un petit commentaire additionnel, j’avais parfois de la difficulté à distinguer les personnages les uns les autres. Peut-être quelques détails sur leur apparence ou leur personnalité pourraient créer une meilleure distinction entre les différents personnages?

    Bravo! C’est une belle intrigue sur fond d’images poétiques!

  2. Cool! Merci pour tes commentaires! Super!

  3. Ayoyoye ! Tu es vraiment une romancière de série noire en puissance et comme dit Jean-François, avec des images fort poétiques. Tu as le don de nous intriguer et nous tenir en haleine en confrontant le beau et l’horrible de la vie. J’ai eu le coeur qui battait vite en lisant ton histoire. Vraiment tu m’épates. Avec le peu de mots que tu avais, tu a réussi à nous raconter une histoire avec laquelle le lecteur doit faire des liens rapidement. Elle mériterait d’être développée cette histoire tellement elle est dense en émotions et intrigues psychologiques.

  4. Merci Julie, cette histoire est la suite de mon récit de février. Je me demande si je ne vais pas me risquer à dévoiler la version plus, réaliste de cette histoire avant la fin du mois. Elle est difficile à supporter car elle pourrait être plausible…Je me suis censurée, celle–ci est la version romancée …Mais parfois ça fait du bien être romantique un peu…xxisa

  5. Salut Isabelle! J’aime beaucoup l’idée que tu as exploité pour répondre au défi. Broder un récit à partir de faits vécus connus de tous ajoute au côté dramatique. Par contre, j’ai eu beaucoup de difficultés à comprendre l’histoire… Soit il manque des liens, soit les allers-retours dans le temps embrouillent l’histoire, bref, pour ma part, ça n’a pas fonctionné. Je pressens toutefois que ton style d’écriture peut être très efficace et qu’il n’en manquerait pas beaucoup pour permettre une meilleure compréhension, en laissant juste ce qu’il faut de travail au lecteur…

    1. J’avoue que j’ai travaillé fort pour faire les liens mais je pense que j’ai bien saisi. J’aime quand même me casser le coco dans ce genre d’histoires. Peut-être un juste milieu permettrait d’accrocher plus de lecteurs et d’être plus fluïde.

      Oui, il me semblait que c’était dans le même thème que ton premier récit. C’est vraiment dramatique et dur en effet. Les fleurs qu’on veut faire pousser à travers le béton font du bien.

  6. Merci beaucoup pour vos commentaires. Quand je compose je me laisse aller en détails et mes textes ont plus de 1000 mots. J’ai donc coupé dans le gras et gardé ce que je croyais essentiel : faits, lieux et actions. Je réalise que cela brouille le lecteur et le rythme du texte. Alors merci ! Faut croire qu’un peu de gras c’est bon! Alors tant pis pour la diète ! merci ! isa

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