Le renard et le hérisson

« Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un hérisson. » Ce sont là les paroles d’un vieil homme passant qui fila rapidement après avoir assisté à la scène. Je venais de trébucher sur le dos d’un jeune homme accroupi qui laçait ses souliers. Recouvert de poussière que j’étais, le jeune homme me tendit poliment la main pour m’aider à me relever. J’avais les nerfs en rogne, mais je ne sais pourquoi, cette réplique m’agaça particulièrement, peut-être encore plus que la douleur due à l’impact.

Le garçon me dit qu’il était franchement désolé et qu’il souhaitait faire un geste pour s’excuser. Pour montrer sa bonne volonté, il me dit : « Dites-moi ce que vous voulez et vous l’aurez ». Ceci apaisa mon esprit offusqué et je lui dis qu’il pouvait partir l’esprit en paix.

Puis, il insista : « Je me sentirais coupable de vous laisser sans avoir posé un geste pour me faire pardonner. ». Il tira un billet de vingt de sa poche et me le tendit en disant « Voilà. Acceptez ce billet et allez prendre un bon repas. Pendant ce temps, j’irai porter votre veston chez le nettoyeur et je reviendrai vous le porter ici dans une heure. » Voyant que cela le tourmentait, je finis par céder à son insistance et j’acceptai le billet. Il m’aida gentiment à retirer mon veston et partit de son côté.

Quant à moi, j’allai vers un bistro non loin de là, m’installai sur la terrasse et commandai un croque-monsieur avec un allongé. Je pris ce succulent repas en lisant le journal. Après cet agréable moment, l’incident de ce matin fut complètement oublié.

Une heure passée, je payai l’addition en remettant mon billet de vingt au serveur. C’est lorsqu’il revint avec un air irrité que mon petit bonheur basculât. En effet, le serveur m’apprit qu’il s’agissait d’un faux billet. Je lui répondis qu’il y avait sûrement une erreur. Mais, il insista pour que je lui verse la somme nécessaire. Je lui dis en toute honnêteté que je n’avais rien d’autre sur moi.

Le serveur leva le ton, ce qui attira l’attention des autres clients et d’un policier qui passait par là. L’agent demanda au serveur si je nuisais à la tranquillité dans son établissement, ce qu’il ne nia point. Le policier m’interrogea succinctement et me demanda de le suivre.

Je passai le reste de la journée en cellule et j’eus tout le temps de comprendre que par la ruse de ce renard, je m’étais fait voler mon veston de la plus belle des façons. Je ne fus libéré que le lendemain matin. Sur le chemin du retour, je marchai tête baissée, la rage au cœur.

Mais soudain, je m’arrêtai sur le trottoir, juste devant un vieil homme qui mendiait, qui me dit : « Il sait bien des tours le renard. Le hérisson n’en connaît qu’un, mais il est fameux! ». Tâchant de déchiffrer cette étrange remarque, l’homme me surprit à bondir sur le trottoir roulé en boule. Un homme qui arrivait à vive allure trébucha sur son dos et s’affala sur le sol. Lorsque je reconnus son visage, je ne pus m’empêcher de lui dire ces paroles. « Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un hérisson. »

4 Commentaires

  1. J’aime beaucoup tes tournures de phrases de cette fable. Est-ce vraiment la façon de se défendre du hérisson, se jeter en boule sur son adversaire? C’est très bon. Je me suis demandée s’il avait bondi en sachant que c’était le même homme qui lui avait volé son veston ou s’il l’a reconnu en voyant son visage.

  2. Merci Julie, tes commentaires m’ont fait réfléchir.

    En effet, il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond entre le début et la fin. J’ai fait quelques changements: la réplique initiale est faite par le vieil homme, le hérisson du début est le jeune homme, …

    Et ce « rebrassage » recrée l’équilibre qui manquait !

  3. Oui! C’est vrai, ce petit détail change toute la perception du récit. Je viens d’apprendre quelque chose d’important. Merci!

    As-tu consciemment voulu créer une sorte de fable de La Fontaine moderne ou c’est moi qui voit des liens où il n’y en pas. En tout cas, ton texte fait réfléchir.

    1. Merci! J’aime bien les textes rappelant les fables mais dans ce cas, les animaux sont venus un peu par hasard.

      En cherchant une phrase inusité pour créer la relation début/fin, je ne sais pourquoi, le mot « hérisson » m’est venu à l’esprit et je ne pouvais plus me l’enlever de la tête. En cherchant « hérisson » sur le Web j’ai trouvé cette superbe phrase du grec Archiloque datant du 7e siècle avant JC : « Il sait bien des tours le renard. Le hérisson n’en connaît qu’un, mais il est fameux! ». Ensuite, j’ai essayé de mettre des mots autour…

      Étrange processus créatif dans le cas de ce texte. Mais, avec le brassage final, j’en suis somme toute satisfait.

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