La réflexion d’un peintre

Ce n’est pas que je n’ai plus de plaisir à peindre. Il s’agit plutôt d’une sorte de lassitude qui s’est installée avec les années.

Je n’oserais renier les apprentissages acquis de mon maître Francisco Pacheco, qui m’apprit à rendre le réalisme de chaque chose. Ce n’est pas non plus un désir de m’adonner aux tendances obscènes de la nouvelle peinture qui exprime la raison et délaisse la piété. Non, ce siècle d’Or m’apporta tant de beaux sujets, de beaux voyages et de belles rencontres.

Je dirais plutôt que je commence à en avoir assez de la Cour, des caprices de la jeune infante, du caquetage de la chaperonne, des commérages de la demoiselle d’honneur, de la grossièreté du garde du corps, de l’insolence de cet enfant qui court, et aussi de ce chien qui sent mauvais!

Malgré les faveurs accordées généreusement par le roi Philippe IV, je crois que j’aurais préféré une autre vie, loin de ce château, peut-être dans une villa sur le bord de la Méditerranée.

Complètement absorbé par ses pensées brumeuses, le peintre s’adonnait distraitement à son art sur la toile et ne remarqua pas l’impatience que la reine affichait.

Soudain, exaspéré par les lamentations de la reine, le roi s’avança brusquement en hurlant : « Et puis cette toile? ». Les gens de la Cour sursautèrent et se tournèrent alors vers le roi, qui contourna la toile, fixa les yeux sur le portrait que le peintre venait de produire et resta sans voix.

Voyant les yeux exorbités du roi, tout le monde dans la pièce devint nerveux. Le visage du roi devint rouge et une goûte de sueur perla sur son front. Chacun s’efforçait de ne pas faire le moindre bruit, de peur de recevoir la foudre du souverain.

Puis, le roi s’enflamma et dit : « Mais qu’est-ce que cette extravagance? Comment appelez-vous ça? De l’autoportrait! »

Pris de rage, le roi tourna les talons en vociférant et fit accidentellement basculer le petit miroir qui était posé face au peintre sur un chevalet près de la toile.

3 Commentaires

  1. Brillante cette réflexion à partir des remises en question du peintre. Tu as su créer de l’intéraction entre la reine et lui en mettant de l’avant le rôle des peintres à cette époque ou la peinture n’était pas considérée comme art mais un outil pratique. Bravo!

    1. Je viens de comprendre les 2 sens du mot réflexion dans ton titre. Tu sais comme j’aime les double sens… :o)

  2. Merci! C’était amusant de pouvoir faire parler Vélasquez!

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