Le crépuscule des morts 3

Le ciel était d’une splendeur remarquable au crépuscule du jour. Il était 16h50.

  • Les journées raccourcissaient trop vites en automne, me passais-je comme commentaire. 

    J’étais empreint d’une double émotion. D’un côté, j’étais ému devant ce prématuré coucher de soleil. Les couleurs du ciel laissaient présager un lendemain ensoleillé, idéal pour aller aux pommes ou pour marcher en forêt en zyeutant les couleurs d’octobre; les rouges vifs et les ocres, les jaunes éclatants, les orangés et les bruns.

D’autre part, j’étais au paroxysme de mon stress; en mode survie. Le bas de la ville était en alerte. Des alarmes de voitures sonnaient partout dans le quartier. Des gens criaient au loin. Montréal était victime d’une épidémie de zombies.

Croupis entre des buissons et la vieille clôture rouillée de la famille Masson, je me cachais dans la ruelle. Mon cœur battait sur mes tempes. Je venais de courir comme un fou pour échapper à M. Roger, mon voisin de 83 ans transformé en mort-vivant. Ce marcheur à marchette avait soudain une force surhumaine.

Il me cherchait encore, c’est sûr ! Ils ont du flair ces zombies. Ayant repris mon souffle, je me mis à marcher lentement en longeant la clôture sous les branches de l’énorme pommier planté dans la cour.

  • Câââlice !!!, criai-je instinctivement, venant de m’érafler sur des écailles de peinture rouillée.

Le stress monta au code rouge. Un silence. J’espérais n’avoir pas attiré l’attention de M. Roger. Un silence inquiétant. Je repris ma fuite. Beding ! Bedagne ! Clang !

  • AaaahAyoye ! Me voilà face contre terre. Je venais de trébucher sur la trottinette rougeâtre du petit Picard.
  • Rouwwah !!!, M. Roger, au bout de la ruelle, m’avait repéré de ses yeux nervurés rouge-sang.
  • Ouaaawrrr !, cria-t-il, galopant presque en ma direction.

Je me soulevai difficilement de terre. Du sang ruisselait sur mes mains. Mon visage était tout grafigné et ma main entaillée. J’avais des feuilles mortes et de la gravelle collées sur mes joues. M. Roger s’arrêta soudain, hésitant tout à coup à m’attaquer. J’étais si mal en point qu’il sembla me prendre pour un des leurs. J’eus alors une idée de génie.

  • Ouaaa !, essayai-je d’imiter un zombie. Mauvaise idée. Aucune crédibilité.
  • Rouhaaaarr !!!, s’exclama monstrueusement M. Roger. J’étais démasqué.

Il fonça sur moi comme l’éclair.

  • Ouuaaoo !, hurla-t-il en chutant à un mètre de mes pieds. Il venait de s’enfarger, en glisssant sur une pomme mûre tombée de l’arbre des Masson.

Je pris alors la fuite. Je courus plusieurs minutes. Essoufflé, je m’arrêtai. Je vis alors par hasard mon beau-frère policier, Marcel. (Voir Le crépuscule des morts, de Sylvain-Aimé Marcotte, L’Entonnoir, défi de septembre 2011) Il sortait d’un taxi. Ce pauvre Marcel Canuel dont la femme, Amanda Romero, était décédée il y a trois mois à peine. Il avait l’air triste.

  • Allo Marcel, ça va ?, l’interpellai-je.

Dans sa bulle, il se retourna machinalement sans vraiment me regarder, me répondant d’un signe de la main ! Bip, bip, bip, bip, bip. Il était 17h00. Sa montre venait de sonner les cinq coups. Il alla rejoindre un autre policier.

J’entendis alors des cris et un bruit de tôle froissée.

  • Grrraaaww ! Une horde de zombies venait d’arracher la porte du taxi d’où venait de sortir mon beau-frère. Pauvre chauffeur.
  • Oooarrr-slishh, M. Roger me mordit au cou. Pris par surprise, je ne pu me défendre.

C’est ensuite sous l’emprise d’un engourdissement, d’un empoisonnement, que je vis s’embrouiller cette réalité qui fut la mienne. Je ne sentais plus mon coeur battre, mes idées s’évaporaient. Tout ralentissa, s’immobilisa dans un silence noir, …

  • Chhhut

3 Commentaires

  1. Défi relevé avec brio! Tout y est, les objets, le rouge partout, couleur du sang! J’aime bien le petit côté familial et entre amis! ;-) Je dois avouer que ce n’est pas le premier contexte qui me venait en tête en pensant à une trottinette! Bravo pour ce troisième épisode.

    1. Merci pour les bons commentaires. Ça me plaît de créer des liens entre ces trois histoires, entre ses différents personnages. L’épisode 3 sort exactement un an après le premier. Est-ce que cette fin agonique laisse présager d’une suite ??? Suspense. On vera si l’inspiration viendra ou si le défi est favorable à une histoire de zombies. Lol

  2. Haha! On peut dire que tu as de la suite dans les idées avec ton 3e épisode un an plus tard. Avec le temps, tu auras tout ton scénario pour produire un bon film de zombies à la sauce québécoise. je peux dire que tu m’as scié les jambes hier pm. Car comem souvent en état d’urgence le dernier jour du mois, j’essayais de pondre une idée simple et merveilleuse, histoire de ne pas laisser tomber le défi. J’avais en-tête une vague idée d’une très courte nouvelle, constituée d’un rapport de police avec les indices d’une enquête policière contenant principalement les mots imposés et bcp de rouge coulant dans les égoûts. Finalement, ta nouvelle était trop bien élaborée pour moi. La mienne aurait eu l’air d’une pâle copie. Je te lève mon chapeau et je me reprends pour l’intrigue à la Hitchcock.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :