Absence

C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé.

Tout a commencé un matin d’automne alors je m’étais levé en retard. J’étais sorti de chez moi en vitesse et c’est alors que j’aperçus cette jeune femme assise sur le seuil de mon appartement. Je me rappelle la pâleur de sa peau comme s’il n’y avait plus de sang qui circulait dans ses veines; de ses yeux noirs ne laissant aucun iris appréhender la profondeur de son âme; de ces cheveux noirs comme des fils qui pendaient sur son visage sans expression.

Comme toute personne ayant un peu d’humanité l’aurait fait, je lui demandai si elle allait bien mais elle ne parla pas, elle ne répondit pas. Étant en retard, je partis en lui souhaitant une bonne journée.

Le soir venu, quelle fut ma surprise de la voir assise au même endroit. Voyant approcher la nuit, je lui proposai d’entrer. Elle se leva sans dire mot et entra en avançant à petits pas. Elle s’assit sur le canapé et resta ainsi face à la télévision éteinte. Je lui demandai si elle avait besoin de quelque chose mais elle ne parla pas, elle ne répondit pas. Passé minuit, sans une parole de sa part, j’allai me coucher.

En me levant, je constatai qu’elle n’avait pas bougé. La manière dont elle était assise et l’inconsistance de sa présence la rendait insaisissable. Je lui indiquai que je devais aller travailler mais elle ne parla pas, elle ne répondit pas. Ne souhaitant pas la bousculer, je décidai de partir en me disant qu’elle quitterait à l’heure qui lui conviendrait.

Au retour, étrange constatation, toutes les lumières dans l’immeuble où j’habitais étaient éteintes. En y repensant, il me sembla que tout mon quartier était désert. Lorsque j’entrai, j’ouvris l’interrupteur et je sursautai en constatant que la jeune fille était toujours assise au même endroit. Sa vue me donna quelques frissons car son état de santé semblait s’être dégradé. Je lui demandai si elle avait besoin de soins mais elle ne parla pas, elle ne répondit pas. Cette nuit-là, je ne pus fermer l’œil car son visage laiteux envahissait mes pensées.

Le lendemain, je me fis un café noir que j’engloutis d’un trait. Avant de quitter, j’osai m’approcher d’elle pour lui demander si elle avait de la famille qui pouvait s’occuper d’elle mais elle ne parla pas, elle ne répondit pas. Je pris mon manteau et filai vers mon lieu de travail.

En marchant, il me semblait que toute la ville était déserte. En entrant dans l’édifice où je travaillais, je fus atterré car mon bureau avait été vidé. Les idées défilèrent dans mon esprit et mon cœur s’emballa. Puis, ma pensée s’arrêta sur le visage de la jeune fille. Je me précipitai hors de l’édifice et courus jusque chez moi.

En arrivant, la jeune femme n’était plus là! Je m’assis à l’endroit où elle était restée assise et mon regard se fixa sur le téléviseur éteint. Allumant la télévision, mon sang se glaça dans mes veines car il n’y avait plus rien à l’écran.

Je parcourus frénétiquement les pièces pour tenter de comprendre ce qui se passait. Le maelström de mes pensées s’arrêta lorsque mes yeux se posèrent sur le four dont la lumière était restée allumée. Je m’approchai, j’ouvris la porte du four et je sortis la plaque à biscuits recouverte de pâte calcinée… Je regardai tout autour de moi et les morceaux du casse-tête se remirent en place en remarquant les murs complètement calcinés. Je restai ainsi, à tourner lentement en rond pour l’éternité.

6 Commentaires

  1. L’inquiétude qui sourd de cette histoire va crescendo et rend bien l’ambiance angoissante des films de Hitchcock. La chute est brutale et définitive : tourner en rond pour l’éternité ! Aucune issue n’est en vue… En noir et blanc, avec la musique adéquate, l’histoire donnerait à coup sûr la chair de poule.

    1. Merci pour le commentaire, ça fait plaisir. Tu devrais venir écrire sur le site de l’Entonnoir sous ton vrai nom, on aimerait bien te connaître! Au plaisir!

  2. J’adore ton texte très éngmatique qui baigne dans un univers onirique. La finale rend la perspective de l’éternité angoissante mais c’est captivant. Effectivement, on imagine un film en noir et blanc ou encore un dessin animé en noir et blanc. Ce serait même assez psychadélique. Je me dis que lorsque le texte appelle en nous une imagerie forte, c’est que la mission doit être accomplie.

    1. Merci Julie pour tes commentaires. Sans comprendre par quel procédé exactement, je pense avoir réussi à mettre une dose de Hitchcock dans ce texte. Le défi en était aussi un de longueur car mon texte initial était presque deux fois plus long… Au plaisir de te lire bientôt.

  3. Félicitations pour ce texte de suspense qui bascule la réalité de l’histoire à 180 degrés, à la manière du film Le 6e sens. Avec la description de la femme, j’ai vu des liens avec les films The Ring 1 et 2, la même blême de la version japonaise Ringu. Mais l’histoire n’est pas colorée à la japonaise. On baigne dans un univers britannique ou américain, à la Hitchcock. Pour terminer, j’aimerais bien que tu inclu à la fin de ta version finale de 600 mots, la version brouillon de deux pages dont tu nous parles. Merci ! ;)

    1. Oui Jean-François, envoie-nous la par courriel si tu veux. Moi aussi, tout comme Sylvain, j’aimerais bien lire la version longue. Je crois que c’est mon texte préféré parmi tes oeuvres de L’entonnoir. Malheureusemnt pour moi j’ai manqué de temps en octobre pour pondre aussi un texte sur le thème. Mes en lisant vos trois textes ça m’inspirait davantage. Tu pourrais un jour, faire un spécial portes ouvertes sur les défis passés et permettre aux gens qui le veulent et qui n’ont pas pu avant de participer aux enciens défis. Non ton frère Sylvain ne m’a pas influencée. ;o)

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :