Ç’eût été un rendez-vous si…

pont trois-rivieres

Par un beau jour de printemps, les deux vieux mariés Villemaure marchaient côte-à-côte dans le grand parc de Trois-Rivières. Il devait être quatre ou cinq heures. Mais quelle importance au fond ? Ils avaient passé un si bel après-midi. Personne pour venir les tracasser. En amoureux, Paul et Aline Villemaure se sentaient presque seuls au monde. Leur fils aîné les attendait pour souper à six heures, au Restaurant La Discorde. Ils allaient parler de la date importante du sept septembre prochain, leur soixantième anniversaire de mariage. Une soixantaine d’années à partager les péripéties quotidiennes d’une vie de famille somme toute ordinaire. Mais ç’avait été la leur.

* * *

Sur le coup de huit heures du soir, attablés au restaurant, ils réalisèrent que leur fils n’était pas encore arrivé au rendez-vous. C’était dans ses habitudes d’être en retard, mais à ce point ? Ils avaient passé une journée si douce et enveloppante. Tout à coup inquiets, ils pensèrent au pire. Le restaurant était pratiquement vide. Ils reprirent leurs esprits. Personne n’était encore venu les servir, prendre leur commande. Scandale ! Après quelques heures, ç’aurait été normal, non ? La journée avait été presque parfaite à part ce retard et ce mauvais service.

Ils se levèrent pour aller se plaindre au bar-comptoir, désert. Aux cuisines ? Pas âme qui vive. Pas de chaudron qui boue. Pas de cuisinier. Pas de serveur. Ç’eut été plutôt le contraire qui aurait été normal…

* * *

Au même moment, assis au restaurant La Discorde, s’inquiétant du retard inhabituel de ses parents, Bernard vit un policier s’approcher de lui.

  • Pardon. Vous êtes M. Bernard Villemaure ?
  • Oui. Qu’y a-t-il ?
  • J’ai la malheureuse responsabilité de vous annoncer le décès de votre père et de votre mère. Un accident de la route, un peu plus tôt, à neuf heure ce matin. Mes sympathies.Le policier ajouta : – Une note épinglée sur le pare-soleil de la voiture indiquait le nom du restaurant puis ce court message : rendez-vous pour le souper avec notre cher fils, Bernard.

Sous le choc… il plongea dans le fond de sa piscine intérieure. Ç’aurait été là qu’il voulu rester, dans la profondeur du silence, mais le bruit d’une radio walkie-talkie le ramena à la réalité.

  • C’est noté capitaine. J’termine ici et j’me rend immédiatement. Dix-quatre! (10 – 4) = (10 – 4)

 

[388 mots]

Le défi  demandait d’écrire une histoire remplie de chiffres : https://lentonnoir.wordpress.com/2013/01/01/defi-janvier-2013/  !

[Ce qui suit est une zone de brouillon] :

DÉBUT DU BROUILLON VERSION # 1

Un jour de pluie, les deux vieux mariés Villemaure marchaient côte-à-côte dans le grand parc de Trois-Rivières. Il devait être quatre ou cinq heures, ils ne le savaient plus trop. Quelle importance ? Ils avaient passé un si bel après-midi. Personne pour venir les tracasser. En amoureux, Paul et Aline Villemaure se sentaient presque seuls au monde. Leur fils les attendait pour souper à six heures, au Restaurant La Discorde. Ils allaient parler du sept septembre prochain, leur soixantième anniversaire de mariage. Huit décennies de leurs vies s’étaient écoulées comme le sable d’un sablier. Une soixantaine d’années en duo, avec les péripéties quotidiennes d’une vie de famille somme toute ordinaire. Mais ç’avait été la leur.

* * *

Sur le coup de neuf heures du soir, ils réalisèrent que leur fils n’était pas encore arrivé au rendez-vous au restaurant. Ils avaient passé une journée douce et enveloppante. Le restaurant était pratiquement vide. Personne n’était encore venu les servir, prendre leur commande de repas. Après quelques heures, ç’aurait été normal, non ? Étrangement, pourtant, ils n’étaient pas encore tenaillés par la faim. La journée avait été presque parfaite à part ce retard et ce mauvais service.

Ils se levèrent pour aller voir au comptoir, à la cuisine. Désert. Pas âme qui vive. Pas de chaudron qui boue. Pas de cuisinier. Pas de serveur. Ç’eut été plutôt le contraire qui aurait fait sens…

* * *

Au même moment, assis au restaurant La Discorde, attendant ses parents, Bernard vit un policier approcher.

  • Vous êtes M. Bernard Villemaure ?
  • Oui.
  • J’ai la malheureuse tâche de vous annoncer le décès de votre père et de votre mère dans un accident de la route, un peu plus tôt cet après-midi. Une note épinglée sur le pare-soleil de la voiture indiquait le nom du restaurant et l’heure du rendez-vous.

Il était sous le choc… plongeant alors dans le fond de sa piscine intérieure. Ç’aurait été là qu’il aurait voulu rester mais le bruit du walkie-talkie le ramena à la réalité.

  • C’est noté capitaine. J’termine ici et j’me rend immédiatement. Dix-quatre! 10-4

[349 mots]

FIN DU BROUILLON VERSION # 1

4 Commentaires

  1. Bonne intrigue! Go go go!

    1. Merci pour les encouragements à Gogo ! lol

  2. Oui moi aussi j’ai bien aimé ton intrigue. Tes dix chiffres passent comme lettre à la poste dans ton cas. Tu m’as surprise avec les histoires dans les 2 mondes parallèles. « Pas âme qui vive. » tout à fait à propos. Comme tu es encore dans une version brouillon, je me permets de te suggérer de peut-être remplacer la dernière phrase de ce même paragraphe « Ç’eut été plutôt le contraire qui aurait fait sens… » par une perche davantage significative vers le monde des vivants. Mais je ne sais pas quoi alors je te laisse mijoter là-dessus si jamais ça t’inspire. « plonger dans sa piscine intérieure » pas pire aussi comme image.

    1. Merci Julie pour tes commentaires. Je suis content de constater que les chiffres passent inaperçus. Ça semble donc pas être trop forcé. Pour le revirement de l’intrigue, ça m’est venu à l’esprit vers la fin de l’écriture de mon brouillon 1. Je trouvais ça triste que leur fils meurt mais j’ai « flashé » que ce serait encore plus triste de constater que ce soient les parents qui meurent par accident. C’est d’autant plus touchant parce qu’on apprend à s’attacher à ce beau vieux couple d’amoureux. Pour ta suggestion, je vais voir si je pense à quelque chose, même si le défi est terminé.

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