Lettre à Léo

Mon cher Léo,

Le soleil  derrière les persiennes, à peine  liane d’or ou épi qui s’égare.

Banni comme une joie interdite.

Ma chambre m’est mesure. Chaque chose à sa place, ordonnance bleue contre mes meurtrissures.

Le lit s’y vide.  Qu’on discipline, l’éclat forclos derrière les lattes de bois!

Qui ? Je n’attends plus personne.

Les chaises se paillent d’olive pâlie  Elles ont oublié depuis longtemps de taper de leurs pieds blonds le sol d’ocre brun.

Dedans hors mes murs jouer avec mes ombres et les lumières.

Qui? je ne m’attends plus.  Vous dites fou.

La chaleur en tache de sang sur les draps.

Je ne veux plus entendre la voix de la déraison, elle tend les pièges de draps blancs. Linceuls.

Dehors s’emmurmure comme le mistral tordu dans la harpe du chêne.

Brûlure.

je lave mes plaies ouvertes au broc porcelaine entre lavande et myosotis.

Impression bleue.

Mains brûlantes sur le rêche du torchons. Je me déteins.

Mon âme écarlate se délite, s’en tache.

Je m’incolore dans les irisés de vos pastels.

Mon chapeau se tournesole, se patère dans l’ombre d’un mur.

Vous voulez ma tête, celle des couleurs en crsi.

Ma vie entre deux portes, entre deux chaises.

Les persiennes vous ferment les yeux

Laissez, laissez-moi. la Provence se sieste, mais je ne dors plus.

Léo, ne m’attends pas, je repeins ma chambre d’Arles.

Dans la lueur verte je m’absinthe.

Ton frère,

Vincent

7 Commentaires

  1. J’adore la couleur dans ton écriture! Vraiment!

    Je suis complètement séduit par cette phrase: « Mon chapeau se tournesole, se patère dans l’ombre d’un mur. »

    C’est un plaisir de te lire.

  2. Ouf je l’ai relu maintes et maintes fois. On a le goût d’observer ton texte longtemps, comme on scrute une peinture pour y apercevoir toutes les images qui s’y cachent. Moi j’aime notamment : « la Provence se sieste, mais je ne dors plus. » et aussi: « Dans la lueur verte je m’absinthe. » Tu me donnes envie d’en savoir davantage sur Vincent pour reconnaître toutes tes références. Bravo et bienvenue à l’Entonnoir. Ça m’enthousiasme de lire des nouvelles plumes talentueuses.

    (j’ai noté un petite faute de frappe « crsi » au lieu de « cris » je suppose.)

  3. Époustouflant! J’adore!

    1. Tu vois Noémie, encore une fois, en peu de mots, tu sais dire tout. :o)

    2. Merci à tous pour vos commentaires, je rougis…
      Ce défi était tellement inspirant que ce fut un plaisir d’entrer dans la chambre!

    3. ;) Pourtant, dans la vie, je parle tellement trop…

  4. J’entérine les propos précédents. Je salue ton art de travestir. Transformeuse de noms communs en verbes : – Je m’incolore dans les irisés de vos pastels. – Mon chapeau se tournesole, se patère dans l’ombre d’un mur. – Dans la lueur verte je m’absinthe.

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