Discours de victoire de Monsieur B

Moi, Monsieur B, ici présent, vous témoigne mes plus sincères remerciements pour cette élection que je viens de remporter et j’envoie un merci singulier pour mes collègues qui m’ont soutenu tout le long de ce processus. Oui, celui qu’on entend plus, dont on ne discute plus, n’est tout simplement plus de ce monde. Il est enfin mort, définitivement, pour toujours, fini, n-i-ni, niet, son règne est terminé. Il ne nous embête plus. Enfin. Ce fut une douce riposte. Nous sommes donc, mes collègues et moi, les vingt-cinq lettres du répertoire du Betôbet, un très bon chiffre rond lorsqu’on y pense. Je suis enfin le premier et mes efforts me permettront de mériter les honneurs que vous m’octroyez.

Toutefois, que je n’en vois plus un utiliser l’exclu en notre sein. Notez bien que ceux qui feront du règlement, des perversions, seront sévèrement punis. On ne s’ennuie nullement de celui qu’on n’oublie. Vous voyez, on peut très bien s’en libérer, ne plus s’y référer et pouvoir dire tout ce que l’on désire. Si vous éprouvez des difficultés, je vous suggère de bien vous renseigner chez messieurs les Synonymes qui peuvent vous secourir en tout temps.

Il fut un temps, en 1968, où M. Georges Perec eut l’idée de supprimer Monsieur E, le temps d’un livre, dont le titre ne plus être nommé ici. Seulement, ce noble confrère se trouve profusément plus utile. Le voici revenu de ses folles péripéties, heureusement pour nous. Dès le récent décès du prétentieux précédent président qu’on ne nomme plus, Monsieur E est promu d’une 5e position vers une 4e position qu’il mérite fort bien et je l’en félicite. J’en entends quelques-uns rouspéter que je viens d’utiliser le mot 4e, bien qu’il semble prohibé. Nous pouvons très bien utiliser les chiffres dont le renfort est précieux. Entendez-moi bien : je suis le chef et c’est moi qui décide des nouvelles règles d’écriture.

J’entends dire que des gens du public ont récemment émit quelques griefs puisqu’ils éprouvent présentement des difficultés pour exprimer une émotion qu’il juge sérieuse entre deux êtres qui décident d’être en couple. Je ne suis nullement insensible envers ce cri du cœur. Il existe des solutions. Il suffit de tenter de voir les choses différemment et de s’exprimer comme on peut en présence de l’être chéri. Nous pouvons lui dire : « je te désire » ce qui est tout de même extrêmement sensible selon moi. Bon, on me dit que ce mot possède un sens trop sexuel et peut offenser quelques personnes surtout en présence de jeunes oreilles. (Je souligne ici, pour les intéressés, qu’heureusement le mot « sexe » est toujours permis.) Personnellement, je trouve que « je te love » est excellent même si le mot sonne English. Des objections ? Bien sûr ! Quoiqu’il signifie plutôt « je t’enveloppe » selon mon opinion. Je suggère donc de dire : « je t’estime » en début d’union, du moins. Trop chiche? On peut bien dire : « je t’honore » ou « je te vénère » si vous voulez créer une forte impression. Trop fort, trop soumis? Une meilleure idée m’est venue justement d’utiliser le 4 pour le substituer. Que pensez-vous de : « je t’4ime » ? J’écoute mes concitoyens et je comprends le comité des lettres de s’y opposer formellement. Voyez-vous où je veux en venir ? Je suis devenu le premier, et je peux très bien prendre ce poste supérieur. Une nouvelle loi stipule qu’on doit dire dès lors : « Je te bime » et que je n’en vois plus un protester !

Fin du discours.

14 Commentaires

  1. Pour ceux qui seraient intéressés à connaître les antécédents du désormais célèbre Monsieur B, je vous invite à lire cet article (euh excusez-moi) ce texte :

    https://lentonnoir.wordpress.com/2013/03/17/votre-humble-monsieur-b/

  2. Mathieu Guénette · · Réponse

    Wow! Julie, tu te surpasses. Je suis très impressionné. Je ne doute pas comment un tel exercice doit être exigeant.

  3. Merci Mathieu ! Exigeant mais combien amusant. Je me suis prise au jeu, J’ai eu cette nuit un flash de quelques phrases que j’ai voulu noter sur mon portable et hop tout les reste a suivi mais le sommeil a manqué. Je ne savais pas que c’était aussi dur la vie d’écrivain.

  4. Excellent! Le défi fut on ne peut mieux relevé! De mon côté, les idées me fuient… ;)

    1. Merci Noémie. Il faut dire que j’avais la chance d’avoir déjà mis la table avec le défi de mars en B. Il avait déjà poussé en bas de la rangée de l’alphabet le A. Il ne me fallait que suivre le filon. Mais pour ton inspiration je trouve que « les idées me fuient » est déjà un bon début. Pourquoi ne pas poursuivre cette idée…

    2. Pour l’exercice, on pourrait dire plutôt: « qui n’ignore point cette piste… » (Que de détours en guise de synonyme! » Lol)

  5. Chapeau Miss séries ;) J’ « bime » beaucoup ton texte lol. 2e 2e texte d’1 série en 2 mois Rigolo de se retrouver dans un monde imaginaire où l’alphabet revêt une si grande importance. Mais, avec ce défi, on est pas loin de la réalité. Il y a eu une blague-canular circulant récemment comme quoi la lettre W allait être retirée de l’alphabet français. Et puis, c’est une très belle façon de répondre à la contrainte complémentaire que d’élaborer des solutions de remplacement au mot AIMER ou AMOUR et d’aboutir au résultat « b+ime » à la place de « a+ime ».

    1. Je suis contente que tu bimes mon texte! En effet, ton idée de faire une série me porte fruit. Pour celui-là c’était inattendu mais j’ai eu un grand plaisir à le faire. Je me demande si je peux poursuivre en parlant des autres lettres. est-ce que j’attends le prochain défi qui m’inspirera ou je pondrai de moi-même. Je crois que M. B se prend pour un autre car la tête lui a enflé avec sa dernière victoire. Mais le A n’a peut-être pas dis son dernier mot. Y aurait-il une lutte entre les consonnes et les voyelles, des genres de Jedi essentiels au reste du monde? Ton histoire de w anglophone peut aussi m’inspirer. Je laisse tout ça dans la mijoteuse.

  6. On voit que les jeux de mots t’excitent au superlatif. Tes personnages qui reviennent sont une très bonne idée à mon avis, ils prennent du relief. Ce défi en particulier est drôlement bien relevé. Bravo! Bravo! Bravo!

    1. Merci merci merci! Tu l’as bien dit, les mots m’excitent on dirait bien. On dirait en effet que les défis de formes me mènent à utiliser une forme presque mathématique du langage. Cet exercice en particulier est comme faire un sudoku créatif avec des mots et une pincée de folie.

  7. Chère Julie, « je t’honore », « je te vénère » car je bime bien ça! Tu es réellement une experte de la manipulation langagière et dans les « lettricides »!

    1. Merci pour ton généreux commentaire Jean-François. Il faut croire que tes défis me stimulent en tant que manipulatrice langagière. Alors c’est tout à ton honneur d’avoir commandé ce lettricide qui semblait taillé sur mesure pour mon Monsieur B. J’ai hâte au prochain…

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