S.O.S., à l’aide, help me, au secours, Zillonien en détresse

Ces dernières 24 dernières heures sur la planète Terre ont été les plus longues de tout mon voyage qui pourtant, me semblait déjà assez pénible comme ça. Il faut dire que vingt-quatre heures représentent une journée entière sur cette planète même si chez nous, sur Zillon, ça ne représente qu’une brève inspiration.

Je me retrouvais à la fin d’un « pique-nique » avec ma charmante amie de cœur Terrestrienne, Greta. Voulant simplement profiter d’un rafraîchissement local, la «pluie », j’avais enlevé au préalable mes encombrants tissus recouvrant constamment la peau. Mais voilà que de bêtes brutes abrutissantes munis de leur alarme bruyante, sont venues m’empester la vie, m’astreignant à poser mes deux mains sur le capot de leur voiture.

Naturellement, je prends peur à demeurer dans cette vulnérable position, sachant qu’on ne doit jamais tourner dos et orifice à notre adversaire. Je décide alors de bondir sur la voiture et de grimper dans l’arbre le plus près. Je m’accroche à une créature ailée nommée « oiseau » qui passait par là pour m’envoler vers un lieu sûr, comme ferait toute personne sensée. Mais malheureusement ces affreuses bêtes sont trop faiblardes pour supporter le poids d’un Zillonien comme moi, bien que transformé en léger humain Terrestrien.

Durant ma dégringolade, l’image se figea. La lumière du véhicule des brutes, passant du rouge au bleue, fit scintiller les magnifiques broches ornant la large bouche de ma somptueuse et corpulente Greta qui criait généreusement, me voyant basculer du haut des branches. Ce bref tableau, fut comme un éclat de joie d’enfance dans ce morne vert univers qui défila devant mes yeux. Permettez-moi un aparté mais ici, c’est le monde à l’envers. Les peaux d’humains sont de toutes sortes de débiles couleurs mais jamais simplement vertes comme chez nous. Et lorsqu’on sort de la ville, on se retrouve envahi d’un asphyxient vert réduisant l’espace de nos poumons comme des peaux de chagrins. Ces matières vertes, appelées « feuilles », me font pleurer tellement elles puent.

Mais revenons à mon acrobatique élan aérospatial qui me parut durer des heures bien qu’il ne fût que de deux secondes et quart. C’est alors qu’une des brutes bleues projette vers moi, avec son mystérieux instrument cylindrique en métal, deux minuscules balles lisses et pointues, en une détonation du tonnerre. Un des « oiseaux » sur l’arbre fut blessé. Ce minable animal déverse ainsi dans mon orifice buccal, son doux liquide rouge suffisamment visqueux pour moi. Je peux ainsi me délecter au passage, ce qui me procure le plus grand bien, pour une fois depuis le début de cet infecte pique-nique, avec tout le respect que je dois à ma formidable hôtesse qui n’a tout de même aucun goût, dois-je avouer. Enfin, je pique du nez en atterrissant sur une des brutes, ce qui permet d’amortir ma virile chute. En me retrouvant le nez planté sur une monstrueuse fleur malodorante, une autre créature ailée jaune et noire, dite « abeille », en profite pour s’introduire à son tour dans mon orifice facial principal. Ce petit dessert n’est pas mauvais du tout, il a juste assez de crunchouillant et de piquant, ce qui rappelle un peu le goût du schnoug.

Mais toute ma souffrance commence réellement lorsque les brutes m’amènent de force dans leur véhicule assourdissant. Adieu ma Greta que je vois encore verser toutes les larmes de son corps gracieux comme un grocodule! J’envoie cet appel dans la stratosphère comme une bouteille à la mer. Prière de me kidnapper ou de me procurer un visa pour revenir sur Zillon prématurément, car je n’en peux déjà plus de cet infernal, interminable voyage.

11 Commentaires

  1. Wow! Pauvre Zillonien! Savoureux…

    1. Merci Noémie. Qui sait où ça le mènera? Tout dépend du prochain défi qui le guidera.

  2. Excellent texte (pour le défi) et excellente histoire! Tu sais, avec tous ces « épisodes », ça va finir par faire un roman aussi populaire que Harry Potter. J’apprécie beaucoup le contexte dans lequel tu as utilisé le mot « chagrins ». Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime bien cette expression. Bravo!

    1. Merci chère Évelyne de fonder tant d’espoir en ma série qui est en fait, totalement inattendue pour moi. ;o) Pour le moment, je ne suis guidée que par la contrainte comme sur une rivière folle qui m’amène vers une nouvelle aventure. Concernant l’expression « peau de chagrin », elle est en effet bien imagée et je l’aime aussi mais j’avoue que j’ai dû tricher un peu en la mettant au pluriel afin de respecter la forme du mot imposé mais elle ne semble ne pouvoir être utilisée qu’au singulier. Mais pourquoi pas des peaux de chagrins pour désigner des poumons, me suis-je justifiée en l’utilisant. Tant qu’à tordre la réalité, autant faire quelques entourloupettes à la langue.

      Si tu veux une information historique, « Peau de chagrin » est en fait le titre du premier vrai roman de Balzac et « chagrin » est une sorte de cuir (un mot probablement issu du turc qui signifie croupe, encore là, ça devient de plus en plus amusant). Voici une description retrouvée dans Wikipedia:

      « Le thème central de ce roman est le conflit entre désir et longévité. La peau de chagrin magique représente la force vitale de son propriétaire, et se racornit à chaque satisfaction de son désir d’autant plus s’il vise à l’accroissement de puissance. Faisant fi de la mise en garde de l’antiquaire qui lui offre cette peau, le héros s’entoure de richesses pour se retrouver misérable et décrépit à la fin du roman. L’expression « peau de chagrin » est entrée dans le langage commun pour désigner tout ce qui se réduit invinciblement à l’usage. »

  3. Tu as le souffle pour faire une série, ça c’est sûr et jouer le jeu des consignes de l’Entonnoir te réussit bien. J’avais hâte de voir comment tu nous ferais rire avec ces mots. En plus, tu nous instruit sur Balzac. Lâche pas!

    1. Merci pour tes encouragements à poursuivre cette série. C’est grâce au commentaire d’Évelyne que j’ai eu l’occasion de rattraper ma tricherie en offrant cette leçon d’histoire sur Balzac et l’origine de l’expression. Je suis bien heureuse de pouvoir compter sur quelques lecteurs fidèles comme toi car je me rends compte que ce côté interactif dans l’écriture me motive grandement. Et toi,nous feras-tu connaître ce que ces mots t’inspireront? J’en serais ravie.

  4. La saga se poursuit! Complètement psychédélique ce texte garni d’orifices et de substances malodorantes ! Ça met du « crunchouillant » dans ma journée!

    1. Haha Jean-François tu réussis encore à me faire sourire avec tes commentaires. En effet, il aime beaucoup le mot orifice ce Zillonien. Merci pour tes beaux défis qui m’inspirent la folie.

  5. Bravo pour ton délire. J’imagine bien une BD qui découlerait de ces textes très imagés. Il faudra mettre un petit Lou là-dessus!

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