Mon refuge

Aussitôt arrivée au chalet de ma grand-mère, je monte à l’étage ouvrir les volets de la fenêtre de ma chambre et je salue mon arbre, mon meilleur ami,  lui qui garde tous les secrets que je lui confie à chacune de mes visites.

Je ne suis pas la seule à lui faire confiance, toute une faune ailée l’habite à l’année.  Je me sens privilégiée de pouvoir observer  ces beaux oiseaux d’aussi près et j’ai même l’impression qu’ils me reconnaissent puisque mon arrivée ne les fait pas s’enfuir.  J’évite d’ailleurs de faire la lumière en entrant dans la pièce car  je veux m’intégrer parmi eux, sans bruit et sans heurts. Ma chambre est située dans les combles de la maison, perchée au troisième étage.  J’ai donc accès au plus haut de l’arbre et une des branches touche même un des carreaux de la fenêtre, ce qui me ravit.

Mon enfance s’achève, j’ai presque 16 ans.  Pourtant je m’y accroche en me réfugiant loin des adolescents de mon âge qui souvent me rebutent.  Que serais-je sans ma grand-mère pour m’accueillir si souvent. Elle me donne accès à  ces chers trésors dans lesquels je peux puiser librement. Dans sa bibliothèque, je viens de tomber sur un de ses romans intitulé  Les Vertes Années, de J.A. Cronin.  Le personnage raconte des anecdotes de sa jeunesse et je réalise que comme lui, j’ai eu ma part de chagrins depuis ma naissance.   Toutes ces feuilles de cartable que j’ai noircies en pleurant m’ont fait développer un goût pour l’écriture.  À chaque fois que j’entre dans cette chambre et que je m’installe à ma table devant la fenêtre,  cette beauté me donne l’élan pour espérer devenir écrivain un jour.  Il me semble qu’observer la nature me fait réaliser la variété de mes états d’âme. Par exemple,  lorsque que temps est maussade, souvent je laisse couler les larmes sur mes joues, encouragée par la pluie qui tombe sur les feuilles lisses de mon érable.  À d’autres moments, je suis influencée par le gazouillis des oiseaux le matin et je suis alors tellement joyeuse et  remplie de gratitude envers ma grand-mère en écrivant, elle qui me donne accès à son riche univers.

À l’occasion, elle monte à l’étage m’apporter une collation et sur le plateau, elle y ajoute une fleur de son jardin dans un joli pot.  Nous bavardons un peu et ensuite elle retourne à  ses activités, particulièrement l’horticulture qui est une véritable passion pour elle.  Elle m’a initiée à comprendre la nature, à l’aimer et à ne craindre ni l’abeille qui butine autour d’elle, ni les autres insectes qui font chacun leur travail d’équilibre.

Quand je retourne à la ville, remplie de ces bons moments, j’ai l’impression de composer avec ma souffrance de me sentir si différente des autres jeunes.  Grâce à ce refuge verdoyant et chaleureux qui habite mes pensées, je sens naître une puissance d’exister qui me donne tous les espoirs.

6 Commentaires

  1. J’en ai le souffle coupé tellement je trouve ça beau et intime. Je te retrouve dans l’adolescente, la grand-mère et dans la chambre. Tout coule tellement naturellement qu’on sent que chaque mot imposé a trouvé sa véritable place. Selon moi, tu as su relevé ce défi avec brio mais surtout avec ta touche bien personnelle. Merci de nous donner accès à tes écrits. Je n’irai pas plus loin car on est quand même sur un site public alors on doit rester pudique dans l’étalage de nos sentiments. ;o)

    Vraiment ça m’épate comment tous les textes ont pris des formes tellement diversifiées pour ce défi tout en partant des mêmes mots.

  2. Merci Julie, tu me stimules à oser écrire ce qui m’est venu naturellement, sans me comparer à tous ceux que j’admire, particulièrement mes talentueux enfants.

  3. J’aime bien l’idée du refuge, de traiter de l’enfance qui s’en va, la solitude et la souffrance de l’adolescence. La référence à J.A Cronin est intrigante. Je ne connais pas ce récit, mais ça m’a donné le goût de savoir ce qui en retourne et quels liens effectuer avec le personnage de ton texte.
    La description de sentiments intimes m’apparaît toujours de bonnes pistes pour écrire. Du moins, je me reconnais dans cette façon d’aborder l’écriture.

  4. Ce livre Les Vertes Années m’avait beaucoup touché il y a longtemps et je crois que je n’ai jamais pu m’en défaire, je dois l’avoir dans une boîte au sous-sol. Je te le réserve, si je le retrouve. Ça parle de l’adolescence de l’auteur à une époque où il arrive à une nouvelle école et doit faire ses preuves pour avoir l’air fort, malgré qu’il vient de subir un grand chagrin. Je dis tout ça de mémoire, c’est le souvenir que j’en ai et ça m’est revenu en écrivant ce défi des mots imposés. J’étais curieuse de voir ce que je pondrais spontanément. Je crois que j’aimerais bien avoir cette maison de campagne.

  5. Quel beau texte! J’ai l’impression de retrouver mes émotions de l’enfance on je me sentais si protégée par ma bienveillante grand-maman. Désolé, mais je me suis appropriée ton histoire. Je me suis demandée si tu avais vécu quelque chose de semblable avec la tienne.

  6. Je me souviens comme tu étais proche de ma mère, j’en ai même été un peu jalouse. Peut-être m’en suis-je inspirée pour mon histoire puisque je n’ai pas connu mes 2 grands-mères, elles étaient déjà décédées à ma naissance, à mon grand regret. Étant grand-mère maintenant, je sais
    à quel point nos rapports avec nos petits-enfants peuvent être chaleureux, sans avoir à porter le sentiment d’être responsable de ce qu’ils vivent. C’est un rôle que j’aime beaucoup et je crois que ça se lit entre les lignes dans mon texte. Merci beaucoup de m’avoir lu et de me faire un commentaire.

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