Le chaperon photographe

1838, dans un pré de France.

Kelvin et Claire-Obscure partirent pique-niquer avec leur cousine, Marie-Lumière Daguerre.

Alors seulement promis l’un à l’autre, la présence d’un chaperon était coutume.

Pour l’occasion, cette dernière avait apporté un des appareils photographiques de son père Louis Daguerre, l’inventeur de la photographie.

Ils allèrent se perdre dans la profondeur de champ.

Ils avaient tout l’attirail nécessaire.

Le panier, la nappe à carreaux, le pain, les fromages, les raisins, le vin et les coupes.

Le soleil plombait.

Les discussions et les éclats de rire faisaient contraste avec le silence naturel de ce décors bucolique.

Sous les rayons du spectre solaire, le vent se leva soudain, comme sous l’effet d’un soufflet.

Les jupons roulèrent, découvrant la cheville et la cuisse nue de Claire-Obscure.

Tous rire du petit malaise.

Kelvin embrassa Claire-Obscure dans le cou tout en posant sa main sur la cuisse de celle-ci.

Marie-Lumière s’amusait de leurs écarts de conduite.

Claire-Obscure rit encore et retira la main de son coquin prétendant.

Elle replaça sa robe.

Pour dissiper le malaise naissant, leur cousine Daguerre proposa de prendre une image des futurs mariés.

Le couple était complice et volontaire.

Kelvin et sa promise réfléchissaient à la pose qu’ils allaient prendre alors que Marie-Lumière préparait son équipement photographique.

L’oeil rivé dans le prolongement de l’oeil, Marie-Lumière ajustait le canon-objectif.

  • Vous êtes prêts les amoureux ? lança la tireuse de portraits.
  • Ouiiii, répondirent-ils.

Nos amoureux s’exposèrent au grand jour, s’embrassant devant l’objectif à contre-jour.

Un portrait qui serait sans doute bientôt déclencheur de scandales gravé sur cette plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent.

Il fallait être patient. Le temps d’exposition était d’une quinzaine de minutes sans bouger.

Elle voulait faire le même métier que son père, photographe.

Elle avait fait la résolution de vivre sa vie comme elle l’entend.

La vie ne devrait pas avoir qu’un seul chemin pour les femmes, chacun ayant son angle de vue.

Au terme de cette attente, courbaturé, le couple lâcha la pose.

Soulagements et petits bonheurs ensoleillés.

La première photographie d’un baiser venait d’être prise. Le premier baiser immortalisé.

***

(348 mots)

Texte bonus :

  • Papaaa ! Fais « GIF »(1) à ma caméra neuve ! Tu t’es presque assis dessus!, cria d’horreur Marie-Soleil.
  • Du calme ma fille, dans mon temps, les kodaks étaient plus « TIFF »(2) que ça !, répondit-il.
  • Peut-être mais j’ai mis ma caméra sur ma carte de crédit. « JPEG »(3) encore le gros prix à chaque mois, et je n’ai pas pris la garantie « PNG »(4) !
  • T’en fais pas chérie, j’te l’aurais remplacé dans c’cas-là.
  • C’est vrai, tu « RAW »(5) raison. Je me suis mise en mode rafale, Ha! Ha! Ha!, conclue Marie-Soleil, se collant sur papa pour faire la paix.

Les différentes extensions de fichiers photos numériques :

(1) .GIF = gaffe; (2) .TIFF = toughs (résistants); (3) .JPEG = J’paye; (4) .PNG = prolongée; (5) .RAW= as.

(138 mots)

6 Commentaires

  1. Bonne idée de nous plonger dans cet univers historique. C’est à se demander si cette première photo de baiser existe vraiment, de la fille de l’inventeur de la photographie de surcroît.

    1. Ça fait plaisir Julie, pour ce voyage dans le temps.
      Comme j’aime le faire à l’occasion, je trafique l’Histoire un peu. L’inventeur de la photographie de mon récit existe mais pas sa fille. En fait, je n’ai aucune idée de sa descendance.
      Ce que je sais par contre, c’est que Louis Daguerre fut un peintre et photographe. L’image photographiée se transférait sur une plaque de cuivre recouverte d’argent. Puis Daguerre, en 1837, perfectionna les méthodes de développement et de fixation des images, en découvrant que la vapeur de mercure agissait comme révélateur de l’image.
      La même année, il parvint à fixer ces images avec de l’eau chaude saturée de sel marin. Ainsi, le daguerréotype est né, un ancêtre de la photo.
      C’est mon côté romantique qui m’a fait penser à cette histoire de la première photo d’amoureux.

  2. Excellent! Bravo Sylvain pour ce dagueréotype littéraire savoureux!

    1. 1- Merci pour ces compliments. 2- J’imagine que tu dois être fière de la récolte de textes pour ta proposition de défi « photographique » à l’Entonnoir en novembre. Bravo !

  3. Tout mignon et tout doux. C’est à souhaiter que cette photo existe vraiment! C’est tellement bien décrit qu’avoir du talent en dessin je la reproduirais, en incluant la photographe.

    1. Merci généreusement pour ce gentil commentaire. Touchant de savoir que tu vois presque cette image dans ton cerveau; De voir que tu pourrais la reproduire visuellement sur le papier.
      D’autre part, je trouvais très cute de raconter l’histoire fictive de la première photographie d’amoureux. Bref, l’histoire de la première photographie partageant un baiser galant.

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