Le conte des trois petits singes

Il était une fois trois frères singes karatékas: le plus vieux, Théo, sur la défensive, fort dans les esquives; le second, Ajax, fou brac, toujours d’attaque ; le plus petit, Henri, un mystérieux apprenti.

Bully le tigre, menace de la jungle, avait envie de s’amuser à humilier ces trois « experts » de karaté, avant de les dévorer. S’en prenant au plus grand : « Hey gros babouin, poule mouillée devant tes frères ou prêt à les défendre ? » Décontenancé Théo répliqua : « Fiche-nous la paix ! » Le fauve aux dents acérées le barbait, grognant dans son oreille : « Pourquoi partir ? On s’amuse tellement ici… » Théo éloigna ses fesses, au sommet du palmier à toute vitesse. Mais le tigre aux longues griffes pointues, rapide et agile, grimpa aussitôt. Théo, coincé au bout du tronc, armé seulement de noix de coco qu’il lança de toutes ses forces, ne l’affectant guère. De sa gueule béante, Bully les croqua, dégustant le lait de coco. Théo supplia : « Pitié, je dois veiller sur mes frères, comme promis à ma mère. » « Froussard comme toi, tu seras mieux auprès de ta maman, qui avait bon goût d’ailleurs. », répondit Bully, projetant Théo au fond de sa gorge. « Hum, ce met Thaï au goût de coconut, est plus tendre que sa mère ! »

Horrifié devant son aîné ainsi ingurgité, Ajax, apostropha furieusement Bully : « Assassin, je vais venger frère et mère ! » Bully bondit férocement vers Ajax. Du fond de ses entrailles, Ajax lâcha le cri le plus strident jamais entendu. Pensant épuiser la bête, Ajax lui cria toutes les insultes de la terre, le criblant de coups de genoux entre les jambes, coups de poing aux tempes, doigts dans les yeux, coups de pied au visage. Grande erreur que cette dernière attaque, se jetant ainsi dans la gueule du tigre, qui n’en fit qu’une bouchée.

Maintenant, où se cachait le petit Henri?  Bully le provoqua : « T’es mauviette comme Théo ou étourdi comme Ajax ? » Le silence planait à l’horizon. Bully s’énervant : « Le premier, une texture molle ; le second, trop coriace à mon goût mais toi, juste à point, comme votre mère. » Soudain on entendit un bruissement. Bully se lança furtivement à ses trousses. Soudain, Henri, ricanant plus loin, sortit sa tête des branches, suspendu à une banane : « Toi, si puissant, tu devrais pouvoir m’attraper facilement. » Henri l’entraîna d’arbres en arbres. Mais les grosses pattes bien griffées furent moins agiles que les mains du chimpanzé pour sauter de liane en liane. Dissimulé dans les feuillages, Henri lança une noix de coco dans la rivière, attirant le regard du tigre. La boule poilue flottante ressemblait à une tête de singe. « Haha, tu ne m’échapperas pas petit macaque » gueula Bully se lançant à l’eau. Dans son énervement, gros minet oublia qu’il ne savait nager, craignant l’eau. Il en avala une grosse tasse, entraîné dans le courant. Henri vola à son secours puis, sautant sur le bedon du tigre inconscient, lui fit régurgiter ses deux frères, qui heureusement avaient été avalés tout rond. Théo et Ajax avouèrent qu’Henri était le plus astucieux : « Pour te remercier, on t’offre cette dent en or, petit souvenir de maman retrouvé dans le ventre du monstre. » Sur ce, plutôt que laisser les flatteries le distraire, Henri, l’œil ouvert, entraîna ses frères loin de Bully qui était déjà sur le point de les déchiqueter sauvagement.

Moralité :

Comme quoi ni fuyant, ni violent, vaut mieux rester vigilant.

11 Commentaires

  1. Conte tropical et culinaire! Singes croqués et tigre manipulateur, tout ça est bien drôle. D’ailleurs, le souvenir de leur mère est si charmant ! Et bravo pour la réduction à 599 mots !

    1. Quoi il me restait encore un mot de disponible! Avoir su je l’aurais utilisé. Comme j’ai écris sur Facebook: La plus longue partie de mon travail pour ce conte fut de couper dans le gras de moitié pour respecter le nombre maximal de 600 mots. Je dois l’avouer ça ne faisait vraiment pas mon affaire au début, puis tranquillement le langage épuré s’est imposé comme celui d’un conte. L’air de rien, il traite d’un sujet qui me tient bien à coeur. À suivre…
      En fait, je crois que ce sera le point de départ pour un projet d’écriture que j’ai en tête depuis plus d’un an. J’ai profité de ce défi pour sortir une première idée.

  2. C’est une belle mise en scène sur le thème de savoir se défendre avec des astuces, contre les plus forts. En tant que maman moi-même, je suis intriguée sur le sens de la dent en or retrouvée qui semble réjouir les 3 frères. C’est vrai que c’est mieux que rien. Qu’en a pensé Lou?

    1. Lou m’a dit qu’il aimait bien mon conte. Il m’a proposé plusieurs variations comme impliquer une gang de gorilles. J’aimais bien l’idée des alliés. J’ai voulu d’ailleurs intégré l’aide des oiseaux au 3e singe mais j’ai dû couper. Dans ma version à développer, je pourrais explorer sans doute cette option. Pour ce qui en est de la dent en or, Lou pense que c’était une dent sur un collier. Moi j’avoue que je n’avais pas pensé à la symbolique par rapport à la mère. Je voulais surtout qu’il retrouve quelque chose d’elle qui avait pu ne pas être digéré. Mais en même temps, je crois que l’essence c’est que le singe vigilant ne se laisse pas distraire par les flatteries ou un objet précieux bien qu’il soit un souvenir affectif. Il reste concentré sur le présent pour se défendre lui et ses frères, comme sa mère lui a montré. C’est son réel héritage. Bonne question car je viens d’inventer tout ça.

  3. À mon atelier d’écriture, j’aime bien quand notre prof nous fait travailler sur le texte écrit à la maison. Ça provoque un approfondissement de notre histoire. Ça devient meilleur pour toutes les participantes. On commence avec 300 mots qu’on lit à haute voix. De votre côté, les questions ou les réactions de vos lecteurs vont dans le même sens, selon les réponses que tu nous donnes. Ça enrichit le thème principal et la conclusion. Ce petit singe vigilant en a beaucoup à dire, Lou est chanceux d’avoir une mère conteuse qui le fait participer.

  4. J’aime bien ton histoire. Ce serait l’fun de savoir quand on lit ce qu’était votre défi du mois.

  5. Merci Geneviève. Tu peux le voir lorsque tu vas sur la page d’accueil du site pour chaque mois. Pour ce mois-ci le défi se retrouve ici : C’etait simplement d’écrire un conte avec une moralité à la fin.

    https://lentonnoir.wordpress.com/2014/01/03/defi-janvier-2014/

  6. Quel débit de dialogues et que d’actions rebondissantes aux allures sémiesques. Comique ! J’ai bien aimé et ça m’a fait sourire à quelques reprises. Bravo !

    1. Merci Sylvain. J’essaie en effet souvent que mes histoires fassent sourire car je trouve que c’est une bonne courroie de transmission. Même si cette fois, ce n’était pas mon but principal. Je me demande si cette histoire interpellerait les enfants. Je vais la retravailler plus librement pour mon projet personnel. Mais je réussi à les faire rire, je les aurai sans doute gagnés.

  7. Bravo pour tes 3 petits singes! Intrigue bien ficelée et bon rythme!

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