Le dégagement

Tous les jours elle doit s’y rendre. Marchant dans les allées, toutes aussi remplies les unes que les autres, à chaque fois c’est la fête. Un rêve éveillé où tous les produits dansent autour d’elle en lui souriant. Certains ont de petits bras qui s’ouvrent accompagnés de petites voix : «Prends-moi, prends-moi ! – Non moi! Moi! Moi ! répliquent d’autres».  Avançant dans les allées à pas lents, elle se laisse enivrer par l’atmosphère. Et elle rempli son panier méthodiquement : il ne doit rien lui manquer. Son univers doit être rempli pour combler son insécurité.

Dans son logement trois et demi, tout est très compact. Les meubles sont placés stratégiquement, il y a plein d’étagères avec des bibelots, des livres, des cadres sur tous les murs…comme si tous les endroits devaient être occupés à tout prix pour un équilibre parfait. Sur son comptoir de cuisine et sur la table, c’est le désordre. Il y a des boîtes de craquelins, de céréales, de biscuits, des contenants de toutes sortes, des conserves, des sachets de soupe, etcétéra. Tout est pêle-mêle.

Lorsqu’elle revient de l’épicerie elle doit manger. Le fait d’ouvrir un sac de croustilles et de sentir la bouffée qui en sort lui fait vivre  un moment de bonheur essentiel. Elle se remplit et se remplit chaque jour et à tout moment que ce mal lui prend ; prisonnière de cette habitude grossière depuis des années. Le fait de manger de cette façon exagérée ne la rend pas plus heureuse. Cela camouffle seulement un mal ; un mal de vivre. Elle pleure et prie pour que ça s’arrête et sa santé se détériore.

Mais tout cela connaîtra une fin car un jour  où elle se rendra à l’épicerie, elle trouvera par terre : un signet. Il y sera inscrit : « La nourriture la plus saine est celle des mots : les mots nourrissent l’âme. » Ce signet deviendra  son porte-bonheur car, à chaque fois qu’elle aura faim, elle pensera à cette citation et se sentira mieux. Elle aura toujours un livre en route avec ce précieux signet qui tient les pages. Alors à chaque fois qu’elle prendra un livre ce sera la fête : un rêve éveillé où tous les mots danseront autour d’elle en lui souriant.

4 Commentaires

  1. Super texte ! Tu as le soucis du détail. On y s’en presque. Prisonnière sous l’angle des habitudes, j’aime beaucoup. Ça sort du beau cliché de la cellule de prison. Quoique j’aimerais bien voir un texte dans ce lieu, écrit par un autre Entonnaute. Puis le porte bonheur aussi est original et libérateur : une maxime réconfortante et renforçante ! Un talisman presque magique de transfert de fête, un transfert de rêve éveillé… Encore bravo !

    1. Merci. Ça fait du bien avoir de l’inspiration. Mais excusez les fautes !

  2. J’ai aimé la gradation du texte ou le début m’est apparu fantaisiste (j’arrivais à m’imaginer dans cette épicerie, séduite par les produits dansants et aux petits bras tendus), et ou par la suite, on arrivait de plus en plus dans la réalité concrète (l’appart avec tous les bibelots) puis finalement ou on était « confronté » à la réalité difficile de cette femme. La psychologie du personnage est bien décrite! L’idée du punch final est bonne (le signet… se goinfrer de lire plutôt que de bouffe), mais j’ai trouvé que ça arrivait un peu trop rapidement, comme une fin heureuse un peu plaquée. Le choix du thème est original :) et je dois souligner que j’ai été particulièrement touchée par cette citation :  » Le fait d’ouvrir un sac de croustilles et de sentir la bouffée qui en sort lui fait vivre un moment de bonheur essentiel. » Bravo :)

    1. Merci du commentaire ! :)

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :