Zillonien cherche les siens

Cher journal,

Malgré la bouteille avec mon message de détresse que j’ai envoyée dans l’espace, aucun habitant de ma planète Zillon n’est encore venu à mon secours après déjà 43 heures. Les salauds, ils me laissent pourrir ici. Je ne vois pas pourquoi ils m’ignorent ainsi, qu’est-ce que je leur ai fait? Pourtant ils savent que je suis un être faible et sans ressource avec mes naïfs 124 printemps et mon inexpérience en tant que voyageur. Pour un premier voyage, j’ai eu si peu de veine de tomber sur une planète aussi laide avec tous ses espaces verts étouffants, sans parler de ses habitants tous aussi débiles les uns que les autres. À part, bien sûr, ma touchante Greta bien enveloppée pour qui j’ai été son premier amour.

Et maintenant me voilà pris entre les mains des brutes bleues qui m’ont agressés en m’habillant de force après m’avoir sauvagement capturé lors de mon escapade pique-niquienne avec ma somptueuse Greta. J’ai été injustement accusé de grossière indécence simplement car je m’étais débarrassé de ces pénibles tissus qui recouvrent le corps des Terrestriens. Je voulais uniquement profiter d’un liquide libérateur qui tombait du ciel. Au moins, ils m’ont mis à l’abri dans une jolie maison avec de fabuleux barreaux de métal sans fenêtre et lumière aveuglante. Je peux enfin dormir en paix sur de superbes bancs, bien durs et étroits. Ce qui me repose grandement de ces lits affreusement mous dans lesquels les Terrestriens ont étrangement l’habitude de dormir. Subtilement, j’ai pu sortir en cachette mon Sploutpik porte-bonheur qui m’aide à passer la nuit depuis ma tendre enfance, puisque je le camoufle toujours dans mon douzième orifice.

Rebonjour journal,

Ce matin, on m’a amené voir un « psychiâtre » qui m’a sérieusement embêté avec toutes ses questions complètement absurdes. Il essayait de me faire parler de mes deux parents. Lesquels choisir parmi mes six parents ? Je ne veux pas faire de jaloux en en choisissant que deux. Et le reste de ma famille, on passerait des heures et des heures à décrire mes 158 frères et sœurs. Il va finir par découvrir que je ne suis pas d’ici malgré mon horrible transformation en humain beige et bi-jambiste, sosie d’un illustre Pitt. Comme ces Extra-Zilloniens semblent hautement racistes et n’acceptent pas les us et coutumes des visiteurs Extra-Terrestriens, j’ai préféré en dire le moins possible. Mais malgré mon silence et ses faux airs bienveillants, le fourbe a recommandé de me sortir de mon rassurant abri à barreaux pour m’envoyer moisir à l’extérieur.

Heureusement, j’ai atterri dans un charmant endroit, tout aussi clos et sécuritaire. Le seul dommage est que certains espaces verts entourant la bâtisse en gâchent le paysage. Mais rien ne m’oblige à en sortir, je m’y plais vachement. On sert enfin de la nourriture suffisamment gluante pour me satisfaire.  Et les locataires qui partagent ma chambre sont enfin les êtres les plus sensés et ouverts d’esprit que j’aie pu rencontrer depuis mon détestable séjour sur Terre.  Enfin, des gens qui n’ont aucun préjugé sur mes habitudes zilloniennes et qui acceptent totalement que je préfère manger par mes orifices naseaux par exemple ou que je me couvre la tête avec une taie d’oreiller pour éviter d’être aveuglé. Des comportements tout à fait normaux qui, ici, ne passent absolument pas en public habituellement. Je peux enfin être moi-même parmi les miens.  J’avoue que j’ai bien peur d’oublier ma Greta, en étant aussi joliment entouré d’une délicieuse Terrestrienne bien fripée à la conversation absolument divertissante. Je suis fou de joie et je crois que je suis en train de tomber follement amoureux.

 

9 Commentaires

  1. Je viens à peine de découvrir cette histoire que je trouve très divertissante. j’ai lu les 4 épisodes d’une traite tellement c’est prenant. Voir les terriens (oups ! les terrestriens) du point de vue d’un extraterrestre, avec en prime un humour décapant, est vraiment dépaysant. A quand la suite ?

    1. Comme vous me faites plaisir avec votre commentaire que je découvre ce matin au lendemain de ma publication. Qui êtes-vous cher nouveau lecteur, de qu’elle planète venez-vous? J’ai toujours l’impression d’avoir 5 ou 6 lecteurs dont la moitié vient de ma famille mais il paraît qu’on est lu à travers 43 pays. J’imagine que quelques-uns sont tombés ici par hasard en cherchant un entonnoir pour transvider des trucs. Et mon frère Mathieu a pu augmenter les statistiques en voyageant durant un an à travers le monde. J’avoue que son aventure et son blogue a été une inspiration de départ pour moi sur les différences culturelles mais la comparaison s’arrête là. Mais pour les reste, ces lecteurs inconnus représentent toujours une énigme pour moi. Pour le moment, le chemin de mon Zillonien se trace à travers les différents défis de l’Entonnoir lorsque ceux-ci se prêtent bien à son destin. Qui sait où ça le mènera… Revenez faire votre tour et vous êtes même invité à participer aux défis.

  2. Et bien, je suis une terrestrienne qui vit en France, dans un endroit très verdoyant (bien qu’étant en ville), donc pour un zillonien un endroit où ne pas mettre les pieds…
    Ce que j’aime beaucoup dans ton écriture, hormis cet humour décapant, c’est ta facilité à adopter un autre langage qui n’est pas le tien mais celui de ces extraterrestres.
    A mon avis, il n’y a pas que ta famille qui te lit. Simplement, les lecteurs ne font souvent que passer, sans laisser de commentaires. C’est un peu dommage, parce qu’Internet est un fabuleux moyende partage. Mais ce n’est pas grave non plus. Chacun fait comme il veut et comme il peut…
    Bonne continuation dans ce voyage pas vraiment ordinaire…

  3. Je suis contente de découvrir ce monde Zillonien !

  4. J’adore! Quel savoureux personnage, ton Zillonien!

  5. Merci les filles Entonnautes. Je commence à avoir de plus en plus de plaisir à le découvrir moi-même.

  6. J’aime ce monde imaginaire! Point de vue cocasse et inusité! Bravo :)

    1. Merci France pour ton commentaire. Je suis heureuse de savoir que mon Zillonien t’interpelle et t’amuse par son point de vue inusité. Il navigue en effet à contre courant de la pensée commune terrestrienne. En fait, il représente le point de vue de l’étranger à qui on fait sentir qu’il n’est pas normal bien que lui pense que ce sont ses hôtes qui sont anormaux.

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