Médecin de brousse

Comme tous les matins, je dois atteler mes chevaux pour aller faire ma tournée et voir mes patients. Mais, je n’ai pas à me plaindre, car le métier de médecin est plus aisé qu’il l’était il y a dix ou quinze ans.

Le cancer apparaît chaque jour chez l’un ou l’autre des habitants des villages environnants. Mais, avec mon scanneur portatif, installé dans ma carriole, je peux détecter la maladie en quelques minutes. Et comme il suffit de prendre les cachets ZapCancer pendant dix jours pour guérir définitivement de la maladie, ce n’est même pas la peine d’en parler. Toutefois, attention, il est important de respecter la posologie à la lettre et de prendre tous les cachets durant dix jours jusqu’à la fin du traitement.

Ainsi, je me promène de village en village et mon principal inconfort demeure la pluie, qu’aucune invention n’a encore réussi à éradiquer!

Quoiqu’en disent les jeunes d’aujourd’hui, le parapluie demeure l’accessoire le plus populaire auprès des citadins. Nul autre objet ne rassemble autant de fonctionnalités et je ne manque aucun appel grâce au commutateur interindividuel, car il me suit partout. Il me suffit de l’ouvrir pour capter les ondes de transmission de mon interlocuteur et, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve à torrent, je suis protégé du soleil ou de l’orage.

Grâce à mon parapluie, je demeure en contact avec mes clients. Je le pose sur le porte-manteau dès que je rentre à la maison. Je suis heureux de pouvoir avoir occasionnellement une conversation avec un ami qui n’a pu se déplacer, le mauvais temps l’ayant empêché d’atteler ses chevaux.

Certains disent qu’un jour ils nous grefferont les appareils sous la peau. À ceux-là je dis méfiez-vous des appareils qu’on dit « intelligents »! Surtout si on vous l’implante dans la tête. Ils pourraient finir par prendre toute la place!

5 Commentaires

  1. Très bon texte. Bravo. Un médecin qui efface le cancer il y a de ça fort longtemps. Vive les « Zapcancer » ! Vive le « scanneur portatif » ! Vive le « commutateur interindividuel » ! Et dire que lui, c’est sur son parapluie qu’il trippe. Beau et surprenant. J’aurais pu trouvé qu’il manque de repères. On ne sait pas où on est ni en quelle année on est ! Mais on comprend quand même qu’on est dans un ancien temps. Et l’endroit ? Avec le titre, on s’imagine dans la brousse. En Afrique ? Avec mes références, je me serais imaginé dans l’émission « Le temps d’une paix ». Mais j’aime mieux en Afrique, il fait plus chaud. ;) Finalement, je trouve ça bien aussi d’être dans l’imaginaire imprécis.
    Et petit détail pour terminer, il manque un « de » à la fin du 2e paragraphe : « Toutefois, attention, il est important (de) respecter la posologie à la lettre … » Encore bravo !

  2. Merci pour les commentaires, ça me permet d’avoir un regard extérieur sur l’effet que je voulais produire!

    Il est vrai que ce texte demeure en surface et apporte peu de réponses à certaines questions. L’effet de temps et de lieu imprécis était voulu. Je comptais sur les « chevaux attelés » et sur le « de village en village » pour positionner un temps passé en campagne.

    D’ailleurs, le « de brousse » se référait davantage à la « campagne » et à la « mobilité » dans mon esprit. Je n’avais pas l’Afrique en tête mais, pourquoi pas, l’imprécision permet la liberté de plusieurs interprétations!

  3. J’aime beaucoup ce conte fantaisiste mais aussi très optimiste qui apporte beaucoup d’espoir… dans le passé. Pourquoi la vie ne serait pas telle si simple avec des cachets zapcancer et le tour est joué. Moi j’imaginais le docteur dans La petite maison dans la prairie. Très agréable à lire. J’aime aussi ta référence aux appareils qui essaient d’être intelligents à notre place.

  4. Émilie Rochette-Jalbert · · Réponse

    Moi, ce que j’aime, ce sont les inventions qui ne sont pas encore inventées aujourd’hui. J’aime que tu nous fasses imaginer un parapluie aussi loufoque.
    Idée: faire comme si c’était une page de journal médical, une espèce de cahier de bord…

  5. Merci pour vos commentaires. Ça fait chaud au coeur! J’avais en tête ce médecin de campagne dans sa charrette, sous la pluie, le vent dans le visage! Mais… vive la technologie!

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