Un méchant Buzz dans la Lune

Mon nom vient de ma petite sœur  qui m’appelait « Buzzer » pour dire brother. Depuis, on m’a toujours surnommé Buzz.

Le 20 juillet 1969, je vais enfin vivre mon plus gros buzz. Bien que je m’attende d’abord à être LE premier à poser mon pied sur la Lune avec mon expérience de mission extravéhiculaire, je dois laisser place à mon commandant Neil surnommé « Mister Cool ». Mon rôle est de piloter notre foutu module d’excursion lunaire « Eagle », une bête sauvage difficile à apprivoiser.

Distrait par le système d’alarme qui ne cesse de nous embêter, Neil prend maladroitement les commandes et perd le contrôle pour alunir dans la Mer de la Tranquillité. L’atmosphère n’a rien de tranquille. Je bouillonne de l’intérieur, je lui en aurais foutu une mais je dois garder mon calme. Je suis impatient de me libérer d’un aussi petit espace, pour me plonger dans ce vaste Espace.

« Monsieur Cool » est occupé à passer à l’Histoire en énonçant SA fameuse phrase devant la caméra pendant que tout un réseau terrien est connecté à nous. Nous avons une cote d’écoute phénoménale de 450 millions d’internationaux fanonautes réunis devant leurs plateformes immobiles, nous suivant en temps réel. Cet abruti vide la phrase de son sens en omettant un petit mot. Il l’avait pourtant pratiqué avec toutes les intonations possibles, nous rebattant les oreilles à Mike et moi durant tout notre long vol. Il dit bêtement : « That’s one small step for ( ) man but a giant leap for mankind. »  Merde, «for A man » il fallait dire, c’est pas compliqué ! Avec toute son égocentricité, il s’est prit pour l’Homme avec un grand H représentant toute l’Humanité. Quel Twit avec un grand T!

Alors deux minutes de gloire plus tard, je fais enfin mon apparition mais notre robot-caméra suit son maître comme un chien de poche. Donc pour célébrer ma sortie, je dois prendre un selfie de la trace de MON premier pas lunaire.

Neil récolte sur le bord de la mer toutes sortes de roches et du sable en souvenir. Je lui dis que ces 21 kilos alourdiront nos bagages inutilement mais il fait la sourde oreille et ne me porte plus attention.

Durant ce bref séjour de 2h30, je fais mes propres explorations et je tombe littéralement dans la Lune. Un trou de cratère m’aspire vers l’intérieur. Soudain, je sens une présence féminine évanescente me soufflant à l’oreille : « Je suis Séléné, Déesse de la Lune… ». Je la prends d’abord pour une vieille sénile. Elle prétend que les Sélénites sont en voie d’extinction. Elle me confie un genre de crevette, me demandant de l’emmener sur ma planète pour lui permettre de survivre. Sa période de gestation sera seulement de 10 jours.

Je lui laisse en offrande quelques instruments scientifiques tels qu’une imprimante laser pour qu’on puisse rester en contact à mon retour. Séléné me tend en échange un petit appareil, Gestateur de Périnatalité Satellitaire (GPS). Cet appareil multifonction guidera ma petite crevette vers le bon couple de Terriens qui pourront l’aider à éclore.

Neil et moi retournons en toute hâte dans l’étroit habitacle de notre module lunaire. Dans l’empressement, je casse par inadvertance le bouton du moteur. Satanée tacot, une vraie Lada tombant en morceau ! Neil me fait des remontrances mais moi, j’en ai vu d’autres avec la Guerre de Corée, les petits boutons ne m’impressionnent pas. Alors sans perdre mon courage, je prends mon stylo Mont Blanc que je traîne toujours sur moi au cas où j’aie une adresse de courrier interplanétaire à noter. Je réussis avec mon précieux outil à presser sur l’interrupteur, mettant ainsi feu au moteur pour nous permettre de rejoindre la navette spatiale. Notre décollage fait tomber le drapeau que Neil n’avait pas planté assez profondément, il faut croire.

De retour sur Terre, après cette mission ratée, je suis pris en quarantaine avec mes deux collègues. Alors à l’insu de tous, j’accomplis ma mission secrète. Je sais que ma crevette n’a que 10 jours pour voir le monde. Je l’envoie à bord du GPS pour qu’elle puisse trouver son chemin vers les parents qui sauront l’accueillir. Le 30 juillet ce sera la Sainte-Juliette. Julie…ette, ce serait un joli nom pour une enfant Lunatique. Je la verrais bien devenir astronaute, pour faire un grand pas pour la Femme… Mais je ne suis que le messager, je ne dois pas trop m’attacher. Je la laisse partir vers l’infini et plus loin encore.

 

 

 

 

8 Commentaires

  1. Super ! Quelle approche de l’événement ! Quelle compétition entre les astronautes ! J’aime ! Et que dire de cette crevette lunaire ? Bizarroïde mais capoté à souhait. Après quelques calculs, je comprend que c’est donc toi la crevette ? Bonne fête en avance ;)

    1. Merci Sylvain pour tes voeux à l’avance. Oui tu as tout pigé, c’est moi la crevette lunatique. Mais je crois que Buzz aurait peut-être préféré ou imaginé une Julie Payette mais elle est née en 1963 alors il ne reste que moi qui peut correspondre à ce profil.

      Disons qu’à l’aide de Wikipédia je me suis mise à développer dernièrement un style d’écriture « Histoires tordues » je dirais. C’est un drôle de melting pot cette nouvelle mais c’est basé sur beaucoup de faits historiques réels. J’ai découvert que cette mission était bourrée de ratées et j’ai imaginé le point de vue de l’intérieur qui semble moins héroÏque. Je me rends compte que je m’intéresse beaucoup aux 2e puisqu’on parle souvent davantage des 1er dans la vie. Peut-être parce que je suis une 2e enfant dans la famille, la plus « moyenne » comme je disais quand j’étais petite. Ceci dit, je n’ai conservé aucune amertume par rapport à mon rang familial. Mais j’aime bien donner la parole à ceux qui n’ont habituellement pas la vedette. Mais je constate que mes personnages semblent très agressifs et frustrés (Monsieur B, le Zillonien et plusieurs autres). Ça m’amuse follement je crois de me défouler avec des gros mots car je suis si gentille dans la vie. ;-)

  2. Au début, je pensais que tu voulais écrire sur les origines de Buzz lightyears, le personnage de histoire de jouets, mais j’ai bien vu que l’objectif de ton texte était plutôt de partie de tes propres origines. Ça sera difficile de louper ta fête cette année, étant prévenu aussi longtemps à l’avance!

    1. Merci Mathieu, fidèle lecteur. Oui, il y a un peu de Buzz Ligthyear dans cette histoire, puisque son nom a été inspirée de Buzz Aldrin. J’ai bien aimé découvrir que le surnom du vrai Buzz venait en fait de sa petite soeur. Il faut souligner que mon propre fils a accroché sur le nom Buzz dès l’âge de 9 mois, son premier livre préféré et ensuite son premier film préféré qu’on a dû regarder 1102 fois au moins. Il n’avait que Buzz à la bouche tout le long de sa 1ere année en garderie. J’y ai fait un clin d’oeil à la fin avec son fameux slogan. Mais en effet, j’ai eu envie de situer ma propre histoire dans l’Histoire. J’ai toujours été fasciné de savoir que c’est dans ce contexte historique que je suis née. J’ai tenté de découvrir ce qui pouvait me relier à cette mission Appolo 11. Et le seul lien que j’y ai trouvé est que je suis une fille vraiment souvent dans la lune.

      Merci de ne pas oublier ma fête qui est le 30 et non le 31 comme tout le monde pense. (Encore là la confusion peut subsister encore si on fait le calcul puisque la date du premier pas sur la Lune est soit le 20 juillet ou le 21 juillet selon le fuseau horaire où l’on se situait à ce moment-là. tout est lié.)

  3. J’aime beaucoup tes histoires de science-fiction à partir de ta vie et par conséquent la mienne. Tu es mon seul enfant qui est né sans être provoqué, c’est pour ça que tu es si gentille dans la vie et que tu t’amuses follement à jouer les révoltés. Très drôles tes histoires, que je dois relire au moins 2 fois, il y a beaucoup de stock, j’aimerais bien les voir en bandes-dessinées.

    1. J’attendais ton commentaire car je savais que tu te sentirais concernée par cet événement que tu as vécu de près dans ce contexte historique. Je suis heureuse que la déesse Séléné et le GPS aient pu diriger la crevette vers toi et papa. C’est vrai que c’est chargé et ne plus on essaie de tout condenser pour respecter le nombre de mots maximal. Oui la bande dessinée, ce serait une bonne idée. Je l’envisage pour mon Zillonien du moins. Disons que Buzz est un peu du même genre. Je me demandais s’ils pouvaient se croiser ces deux-là un de ces jours. Merci de me lire et aussi de m’avoir permis de voir le monde (j’avoue qu’il y a bcp d’inexplicable dans cette histoire).

  4. Émilie Rochette-Jalbert · · Réponse

    Très original, surprenant tout les liens, j’aime aussi la recherche derrière… beau travail vraiment!

    1. Merci Émilie d’avoir remarqué ma longue recherche (sur Wikipédia je l’avoue mais on y apprend tout de même des trucs étonnants.) L’important est surtout de ne pas y perdre le lecteur.

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