Zillonien en cavale

Cher journal de voyage,

Il y a fort longtemps que je ne t’aie écrit car ma vie était plus paisible depuis mes dernières 522 722 secondes passées sur cette étrange planète Terre avec deux r. Cette planète extra-zillonienne me semblait bien insipide dans les 220 022 premières secondes que j’y ai péniblement vécues à mon arrivée, avec ses grands espaces verts nauséabonds et cette liberté étourdissante.

Mais malheureusement, j’ai dû quitter ce matin ce splendide asile qui m’avait été gracieusement offert pour terminer mes secondes. Je devais sauver ma dulcinée Bertrande qu’on m’avait égoïstement enlevée. Durant 8 644 secondes, ils l’ont enfermée dans sa chambre et lui ont enfoncé un tas de tubes dans le corps et la tête. J’avoue qu’au début, je l’enviais d’être bichonnée de la sorte. Mais après tout ce temps, j’en avais marre car je m’ennuyais profondément sans sa conversation toujours pertinente et follement amusante. Alors aux aurores, j’ai délicatement déposée Bertrande sur mon épaule pour m’enfuir avec elle, en replongeant avec bravoure dans cet enfer verdoyant. Son corps était aussi léger qu’une plume. Auparavant, je préférais la lourdeur de ma voluptueuse Greta mais j’ai fini par m’habituer à la maigreur. Maintenant que l’on peut percevoir les os sous sa peau beigeasse, ça lui donne un joli ton bleuâtre qui me rappelle les Zilloniennes de mon enfance.

Nous nous sommes dirigés sur la grande route à 6 voies, où l’air est moins asphyxiant et où les voitures vont à une vitesse un peu plus décente. Bien que sur ma planète Zillon, on s’endormirait à les regarder lambiner ainsi. J’avais vu dans un «film» que les Terrestriens levaient leur 5e protubérance au bout d’un de leur bras, vers le haut, pour attirer l’attention d’une de ces ridicules voiturettes. On appelle ainsi les communications animées dans une petite boîte. Un jour d’ailleurs, j’ai aperçu dans un de ces «films», un Terrestrien avec mon apparence, levant ainsi sa 5e protubérance pour vivre par la suite de folles aventures avec de hideuses créatures. Mes compagnons d’asile l’appelait Brad Pitt, le confondant avec moi. J’ai donc enfin rencontré mon affreux modèle via la petite boîte. J’ai tenté de communiquer avec lui mais il m’ignorait, refusant de faire face à son image. Je le comprends, moi-même, je suis incapable de me regarder dans le miroir sans avoir un haut le cœur. À moins que ce soit un autre voyageur de mon espèce qui soit tombé avec malchance sur le même dégoûtant modèle en entrant dans le transformato-adapto. Pauvre lui, je le plains. On nous offre que peu de choix, tous à seulement deux bras deux jambes, il faut dire.

Bref, après de trop nombreuses secondes d’attentes, qu’heureusement le liquide clair tombant du ciel avait apaisées, une voiturette arrêta devant moi et ma bien-aimée. Les deux Terrestriens intrigués me demandèrent d’abord si je m’appelais Brad Pitt, j’ai fait signe que oui. Ils nous ont dit d’embarquer à l’arrière. C’est alors qu’un dialogue absurde s’enclencha. C’est vrai que j’étais habitué à des échanges hautement intellectuels dans mon chaleureux asile.

Homme : Vous devez être un sosie. Vous gagneriez des concours, sans blague.

Femme : Ben voyons, c’est peut-être le vrai… So, Brad, I’m very glad to meet you. Where could we drive you today ?

Zut, elle s’est mise à me parler dans un autre langage que celui auquel je m’étais adapté. J’avais perdu mon traducteur intégré lorsque j’ai été fouillé par le brutes bleues avant d’être hébergé en prison.

Moi : Vous pouvez me parler dans votre langage premier.

Homme : Han, je le savais que ça ne pouvait pas être le vrai !

Femme : Ça veut rien dire, il est peut-être bilingue, et en tournage au Québec. Wow, vous parlez bien le français. Où peut-on vous mener mon cher M. Pitt ? On peut faire des détours pour vous accommoder. C’est gentil de prendre soin de votre mère.

Moi : Je m’en vais… n’importe où mais en ville.

Homme : Ouan, ça m’dit pas grand-chose. On s’en va justement à Montréal. Peut-être vous voulez aller à l’hôpital, elle a pas l’air bien votre mère.

Moi : Bertrande est une personne très bien. Vous ne l’insulterez pas comme ça.

Bertrande : Ah mon beau Brad, toujours là pour me défendre. C’est qui eux autres ?

Femme : Tu vois bien que c’est le vrai, sa mère l’appelle Brad.

Moi : T’en fais pas chérie, il ne sont que nos conducteurs vers une vie meilleure.

Bertrande : J’ai mal au cœur, je vais vomir.

Homme : Vite, as-tu un bol, un sac quelque chose ! Ah merde, trop tard, mon beau char neuf ! Dis-moi pas qu’il va sentir le vomi pendant mes quatre ans de location.

Femme : Parle pas comme ça. Tu devrais avoir un peu de compassion avec sa mère tout de même ! Ça va-tu madame Pitt ? Bon, sort de l’autoroute là, on va allez tout nettoyer dans une station service.

Homme : Toi, pis tes maudites idées d’embarquer des pouceux, juste parce qu’il est cute comme Brad Pitt pis t’es pas capable de contrôler tes envies de petite groupie ! Tu vois où ça nous mène. Je te loue mon char maintenant, tu pourras récolter de l’ADN de Pitt.

Femme : Arrête de t’énerver, elle est en train de tomber dans les pommes la madame. On parle d’une question de vie ou de mort. Madame, Madame, répondez-moi !

Moi : Bertrande ? Ah zut, j’ai bien l’impression qu’elle ne m’a pas attendu. Elle est déjà partie dans un autre monde.

Homme : Coudonc, aviez-vous fait un pacte de suicide ou quoi ! Ces vedettes- là ils sont tous dans une secte !

Femme : Arrête de leur parler aussi impoliment. Bon stationne-toi là puis appelle le 911.

Homme : Bonne idée, les policiers vont nous en débarrasser.

Moi : Policiers, c’est le nom des brutes bleues ! Pas question que je retombe entre leurs pattes. Adieu !

Je m’enfuis en courant, utilisant sans gêne ma vitesse de Zillonien. Au moins, avec ce vêtement en papier blanc, je me sens plus léger. Dommage d’avoir laissé dans ce véhicule un repas aussi appétissant que ma Bertrande m’avait trendrement régurgité. Ça sentait la même chose qu’un bon sprouchniktou de chez nous.

un commentaire

  1. 5e épisode de la série Zillonien
    Pour lire tous les épisodes : http://julieguenette.wordpress.com/category/zillonien/
    Le premier épisode se retrouve au bas de la page et le plus récent est en haut.

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