Un lac tranquille

 

Un lac tranquille

 

Elle mit le bout des orteils de son pied droit dans la grande étendue d’eau qui se trouvait devant elle. Cela lui fit tout drôle. C’était la première fois de sa vie qu’elle pouvait mettre les pieds dans un lac. Et quel lac! Une eau claire, limpide et tranquille.

Au contact de ses orteils l’eau se mit à frisonner. Cela l’amusa. Elle entra tout son pied dans l’eau et le fit bouger. L’eau ondula avec volupté lui semblait-il. Elle essaya avec l’autre pied, fascinée par les mouvements ondulatoires à la surface du lac. Elle sentait le lac vibrer. Puis elle se mit à bouger un pied après l’autre, de plus en plus vite, dans tous les sens.

Elle court, elle court la maladie d’amour… Elle ne sait pourquoi cette chanson lui vint à l’esprit. Elle l’entendait résonner dans sa tête. Dans le coeur…

Une image se dessina sur l’eau du lac, bercée par les vaguelettes qu’elle avait créées.

– C’est toi mon amour? Elle écouta le silence. Je savais que je te retrouverais.

La chanson revint, plus forte. Dans le coeur des enfants de 7 à 77 ans.

– Il est stupide! L’auteur de cette chanson est stupide.

L’amour ne s’arrête pas à 77 ans. L’amour ne s’arrête jamais.

L’apparition sur le lac disparut. Elle s’écria :

– Non, reste!

Elle se remit à bouger les pieds dans l’eau. Puis elle tourna sur elle-même dans un sens et dans l’autre dans une drôle de petite danse. Étourdie elle s’arrêta pour éviter de tomber.

– Oh! Oh! Ça tourne.

Elle se mit à rire doucement.

– Tu vois dit-elle en s’adressant au lac, tu me fais encore tourner la tête. Après toutes ces années. Elle chanta sur un ton légèrement ironique :

– Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi c’est toi…

Elle observa la surface de l’eau. Toujours pas d’image. Elle invectiva le lac, fâchée.

– Où es-tu? Je sais que tu n’es pas loin. Montre-toi!

Elle se radoucit. Elle prit une grande inspiration en levant les bras au ciel. Puis elle avanca un peu dans l’eau. L’eau était douce, presque tiède. C’est elle qui frisonna. Une vague de plaisir l’envahit. Elle avanca encore un peu et se remit à chanter.

– Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses tendres, votre beau…

Elle s’arrêta net. La vision de l’homme qu’elle avait aimé tant d’années réapparut sur le lac.

  • Te revoilà! Tu te fais désirer. Tu t’es toujours fait désirer.

Rappelle-toi notre premier baiser. C’est moi qui ai déposé mes lèvres sur les tiennes, avec délicatesse pour ne pas te brusquer… Un moment d’extase!.. Un moment d’une grande fragilité…

Elle regarda autour d’elle. L’endroit était si paisible… Les arbres tout autour palpitaient mais rien ne bougeait. La vie semblait suspendue.

– Attends! J’arrive.

Et elle se mit à nager autour de son amoureux qui flottait toujours sur l’eau.

– C’est divin!

Pour la première fois de sa vie à 86 ans elle goûtait le plaisir de nager dans un lac. Une sensation de béatitude monta en elle. Elle fit le tour de son bien-aimé quelques fois puis elle sortit de l’eau. Elle s’adressa à nouveau au lac :

– Tu croyais que je viendrais te rejoindre. Pas tout de suite… Fais-toi désirer comme tu l’as toujours fait.

Elle tourna le dos au lac, fit quelques pas et se retourna.

– L’été vient à peine de commencer. À demain.

Et elle s’éloigna en chantant :

  • Si un jour la vie t’arrache à moi

Si tu meurs que tu sois loin de moi

Peux m’importe si tu m’aimes

Car moi je mourrai aussi

Nous aurons pour nous l’éternité…

 

 

 

 

 

5 Commentaires

  1. Ton écriture coule avec beaucoup de mélodie dans cette tendre histoire. Ça m’enchante de pouvoir te lire à nouveau sur l’Entonnoir. Tu réveilleras peut-être mon inspiration…

  2. Superbe! Marie-Lyne, tu manies les mots et les images avec une grande aisance. Ce texte est savoureux. C’est un grand plaisir de te lire.

  3. Merci pour vos superbes commentaires, c’est très encourageant.

    1. Ta participation à l’Entonnoir m’a encouragée à recommencer à écrire et j’ai un texte en chemin. Il faut dire que je ne fais que ça présentement côtoyer des cours d’eau alors tout était en place pour trouver l’inspiration.

    2. Ta participation à l’Entonnoir m’a encouragée à recommencer à écrire et j’ai un texte en chemin. Il faut dire que je ne fais que ça présentement côtoyer des cours d’eau alors tout était en place pour trouver l’inspiration.

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