Réflexion d’hiver

Paysagedhiver

Une neige est fraîchement tombée et le temps s’arrête.  Devant moi c’est l’étendue.  Accueillante comme une table dressée d’une longue nappe pour les nouveaux mariés.  Fraîche comme un grand lit aux draps craquants.  Vierge comme les pages d’un livre attendant son histoire d’amour. Blanche. Telle la vie qui commencerait.

Je pose un pied devant et je m’enfonce jusqu’au genou.  J’y resterai un moment, évaluant le poids et la distance que je mettrai pour faire suivre l’autre.  Cet espace qui s’étale m’envahit et m’apaise.  Aucun son ne m’accable et ma vie, fragile et vulnérable, me semble déjà loin derrière.  Je suis plutôt invincible.  Maître de mes mouvements, de mes moments.  Le présent est tout ce qui compte.

J’avance.  Mon corps frissonne.  Non pas de froid mais de bien-être.  Mon cœur, aux battements ralentis, impose la cadence de ma promenade.  Ma pensée redevient mienne.  Claire et précise. Présente pour moi seul.

La campagne dort sous un épais nuage tombé du ciel.  Une poussière de diamants qui vient changer ce monde l’instant d’une saison.  Et je marche sur le nuage, laissant échapper un peu de celui-ci dans mon souffle.  Libre et en paix.

Le temps s’écoule, s’enfuit, et je m’éloigne de plus en plus.  Je suis au milieu de nulle part. Au milieu de partout ailleurs…

Je me retourne et j’admire, stupéfait, la trace de mes pas.  Une longue piqûre cousue  sur la courte pointe. Un pointillé, comme si on pouvait en détacher les deux parties.   Séparer le paysage en deux et l’image me plaît. Quel côté garderais-je?  Celui d’où je viens où celui où je vais?  Persister dans cette vie où écrire une nouvelle histoire d’amour  …

Au loin, rompant le silence et ma folle pensée, un navire sur le fleuve annonce son passage. Je peux presque distinguer ses longues cheminées crachant l’écume de ses efforts.  Comme moi, il arrive de loin, se frayant un chemin dans l’hiver québécois.  Traînant son histoire de port en port, de solitude en solitude, laissant derrière lui un tumulte incessant.

Ce temps s’écoule et s’enfuit.

Le navire disparaît et le silence sourd du vide revient.  Le ciel et la terre, soudés en une seule ligne tout autour de moi, m’enveloppent comme un ventre protecteur.  Pourtant, il me faut penser à rentrer.

Refaire le chemin à l’envers. Défaire le chemin.  Revenir.

Mon histoire d’amour appartient à une autre saison.

2 Commentaires

  1. Quelle belle interprétation de l’hiver! J’ai retrouvé dans ma propre expérience chaque impression que tu évoques. Merci Denise!

  2. Merci Jean-Francois!

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