La cabane derrière les cèdres

Oh, viens voir Suzette – dis-je à ma sœur en m’avançant vers ce qui semblait être une petite maison caché derrière les cèdres. Suzette me suivit sans dire mots, les yeux grands comme des trente sous. Depuis notre arrivée dans le bourg, chacune de nos promenades dans cette section du bois avait donné lieu à une découverte. Tantôt un nid d’oiseau, tantôt un bois d’orignal. Mais… cette fois-ci, la forêt semblait nous réserver une plus grande surprise que d’habitude.
Prudent, je m’approchai de ce qui semblait être une étrange construction camouflée par des branches. En les retirant, je découvris la porte et l’entrouvris pour pouvoir admirer l’intérieur de la maisonnette. La pièce centrale (l’unique pièce en fait) était aménagée en salon, bien propret. Le mobilier présentait un agencement d’objets plutôt hétéroclites, mais intelligemment utilisés. Une vieille brouette remplie de sacs de sables soigneusement disposés faisait office de chaise longue capitonnée. Une corde solidement nouée à une poutre au plafond retenait un pneu un peu au-dessus du sol en guise de chaise suspendu. Le troisième siège, solidement fixé au sol, était un banc de voiture transformé en causeuse. Sur un coffre au centre de la pièce, une botte de pêcheur coupée à la mi-mollet (encore étanche apparemment) contenait un bouquet de fleurs fraichement coupées et disposées élégamment. D’ailleurs, cela laissait croire que les occupants n’étaient pas bien loin…. hypothèse qui fut vite confirmée.
« Hé, des invités! Bienvenue dans ma cabane les amis! »
Le rouquin rondelet qui avait prononcé ces paroles n’inspirait pas confiance. Son ton mielleux sentait la malice. Les yeux en trente sous de Suzette se sont transformés en regard hagard du chevreuil apeuré devant des phares de voitures. Je luis pris la main qu’elle avait glacée et tremblante. Mon instinct de protection m’aida à prendre contenance…
« Heee, moi et ma sœur, on a découvert votre maison et, bien… on la trouve belle! »
« Ah ouais hein? Bien, venez-y voir de plus près! » Dit-il, en ouvrant plus grand la porte d’un geste théâtral. Notre étonnement à moi et Suzette fût encore plus grand en découvrant un racoin à l’aménagement intriguant. D’un côté, une espèce d’arbre de Noël en sucre d’orge multicolore complètement hypnotisant et de l’autre, une grosse marmite bouillonnante. Inquiets, curieux et hésitants, nous avançâmes vers les sucres d’orges, encouragés par notre hôte. Au moment où nos lèvres embrassaient les séduisantes douceurs, une voix se fit entendre non loin: « Hansel, as-tu trouvé le souper? J’arrive avec les oignons et les herbes ». Au même instant, ma vue s’embrouilla, la main de Suzette s’échappa de la mienne et j’entendis le bruit sec de la porte claquer derrière nous.

4 Commentaires

  1. Ce qui me vient en tête : la sorcière de Hansel et Gretel qui fait de la bonne soupe, l’autre idée est une nouvelle version de la Grande faucheuse « avec pas d’classe »! Je ne viserais pas la séquestration trop sérieuse au risque de faire trop morbide!

  2. Merci Jean-François ;)

  3. Défi bien relevé! Félicitations!

    1. Merci Denise :)

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