Une ballade au royaume de la swompe

Pressé de me rendre au boulot, je courais sur le trottoir de ma rue en direction de l’arrêt d’autobus qui se trouvait plus loin sur le boulevard transversal. Mon attention fut soudainement attirée par le cri d’une corneille et je faillis trébucher en tournant la tête dans cette direction sans m’arrêter dans ma course. Je vis alors un champ, un espace vacant qu’il y avait là, le long de la rue. Croyant pouvoir gagner une minute en coupant à travers le champ, je m’élançai par-dessus la butte de terre remblayée et me retrouvai de l’autre côté, les deux pieds dans les eaux marécageuses de la swompe. Je dus alors m’arrêter et lever les yeux afin de trouver le meilleur parcours pour parvenir de l’autre côté sans m’enliser. À la vue de cet espace inconnu, je fus saisi par l’abondance d’herbe qui allait me bloquer la voie. Mais, un petit côté aventureux s’éveilla en moi et je m’élançai quand même en me dirigeant vers une zone plane où il semblait y avoir moins d’eau.

Courant sans prendre garde, je trébuchai sur un objet et je m’affalai sur le sol. Après m’être remis de la chute et d’un vilain mal de crâne, je tournai la tête pour apercevoir quel objet sur mon chemin s’était interposé entre moi et ma destination. Il s’agissait d’une vieille botte dont l’avant était soulevé de la semelle. Mon cœur faillit s’arrêter lorsque j’entendis une voix me disant « Hey! Tu ne pourrais pas regarder où tu mets les pieds? ». J’avais envie de regarder tout autour, pour trouver une explication rationnelle, mais je savais ce que j’avais vu, même si je ne pouvais le croire : c’est la botte qui avait parlé et qui s’était adressée à moi. « Ba, ba, ba » dis-je en me levant, vacillant, déséquilibré, avec l’élégance d’une autruche endormie. « Bon, ça va aller. Tu peux t’asseoir, nous allons discuter. » Sans même réfléchir, je me laissai tomber vers l’arrière, posant mon postérieur sur un confortable fauteuil parfaitement approprié pour l’endroit, puisqu’il s’agissait d’une confortable banquette d’auto en cuirette chauffée au soleil et très confortable malgré le fait qu’elle était éventrée en son centre.

Toujours hésitant, je me lançai dans la conversation : « De quoi allons-nous parler? ». « Mais de vous, mon cher! ». « De moi? » « Oui, quel est votre nom ? ». « Mon nom? En fait, je ne m’en souviens plus. ». « Alors, dites-moi ce que vous faites ici? ». « Ici? Je ne sais pas. ». Je jetai un œil tout autour, je ne reconnaissais rien de cet endroit. Mais, je sursautai en constatant qu’un homme se trouvait juste derrière moi. Sans égard pour mon confort, il me fit basculer dans une vieille brouette orange couverte de rouille et se mit à courir comme un fou. Je me tuai à lui dire de s’arrêter, mais il ne m’écoutait pas. Il me fit entrer dans une énorme boîte jaune, referma la porte derrière lui et j’entendis alors la serrure qu’il verrouilla dans un bruit de pièces métalliques qui s’entrechoquent.

Un instant plus tard, l’homme à l’extérieur de la boîte mit en marche une machine dont le moteur se mit à ronronner. Mais que me voulait ce fou, j’aurais préféré rester avec cette botte qui m’avait paru bien plus amicale. La boîte se mit soudain à bouger, puis à avancer. Je perdis connaissance, un instant après avoir entendu une sirène hurler « Ouiiin… Ouin. Ouin. Ouin. Ouin. Ouin. Ouin. Ouin. Ouin. ».

un commentaire

  1. Très amusant la personnification des objets! Belle trouvaille!
    Bravo

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