Seuls

Qui a pris l’initiative d’aborder le sujet? Nul ne sait si c’est elle ou lui. Peut-être aucun des deux.

Certains ont affirmé que c’était son souhait à elle. À maintes reprises, dans son sommeil elle aurait appelé la grande faucheuse. Puisse-t-elle venir et trancher de sa longue lame le mince fil qui la retient à la vie.
Elle souffrait.
La douleur lui transperçait les os, ne lui laissant aucun répit. Surtout pas la nuit.
Anéantie, tout lui était devenu pénible voire même impossible. Elle avait perdu tout contrôle. Sur elle, sur son univers.
Sa dépendance extrême l’humiliait, l’enlisait dans sa détresse. Plus rien n’avait de saveur. Plus rien n’avait de sens.
Rien.

Aux yeux des proches qui venaient parfois la visiter, elle semblait toutefois garder espoir et surtout être incapable d’un geste qui demande une telle préparation.

Plusieurs craignaient que ce soit plutôt son plan à lui, cet homme froid et distant. Que cette mort soit son dessein à lui. Égoïste. Machiavélique.
Il y avait cette femme plus jeune, si belle, si douce avec qui il entretenait une liaison secrète depuis quelques temps déjà. Deux ans presque. Il y avait entre eux désir d’engagement, projets concrets, espoir d’une autre vie.
Il y avait donc un obstacle à son bonheur.
Elle.

Il dit que ce n’est pas vrai. Il l’aimait. Il les aimait toutes les deux. Chacune différemment.
Il lui était toutefois difficile de soutenir son regard angoissé, de lui donner chaleur et réconfort, d’assumer les soins qu’elle demandait ou plutôt qu’elle ne demandait plus.
ll était torturé de la voir souffrir autant. Vraiment

Incapable d’articuler deux sons, elle aurait mimé le geste de poser un pistolet sur sa tempe. Plusieurs fois. De plus en plus souvent. Il lui aurait demandé si elle voulait en finir. Il la laisserait faire.

Ce jour là, il a quitté la maison, le revolver posé sur la table.
C’est ce qu’il dit.

En ce matin de décembre, les enfants du couple, transis, serrés l’un contre l’autre regardent le cercueil descendre lentement au fond de la fosse.
Aujourd’hui, ils perdent leur mère, se demandent si leur père en est l’assassin.
Lui dans sa douleur, eux dans la leur, ensemble mais séparés par le mur du doute. Ou bien encore, lui libéré et eux abandonnés,  orphelins deux fois.
Seuls.
De toutes façons.

2 Commentaires

  1. Bien interprété ! Bravo!
    Saurons nous la vérité?

  2. Dernière ligne. Dernier paragraphe. Dernier tome (le 7ème).
    Patience. Patience!
    ;-)

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