Brisures

Le bruit du verre sur le carrelage a soudain brisé le silence. Aucun autre bruit autour de nous.

Plus puissant que tous les mots ce bruit clinquant montrait combien il m’était difficile d’accepter la décision, TA décision m’a bouleversé, elle m’est tombée dessus comme le verre sur le sol….

Il fait maintenant froid.

Une impulsion était montée directement au cerveau, me faisant alors perdre la préemption de ce que je tenais dans la main, la préemption du monde qui m’entourait. Il est certain qu’un hurlement aurait pu remplacer le bruit du verre brisé, un bruit clair, aigu, scintillant, en opposition complète avec l’effet que tes mots pouvaient avoir sur mon corps. Ce dernier devenait mou, lourd, douloureux, cotonneux, et il semblait être prêt lui aussi à choir sur le sol. Une vague de chaleur s’engouffrait dans mes sens. Une sensation décalée de l’action et un ressenti douloureux du bruit m’ont envahi.

Certains verres brisés sont porteurs de bonheur, pour moi il était tout sauf porteur. Il était juste un verre qui en se brisant devenait révélateur d’un idéal brisé. Il y a beaucoup trop de morceaux de nous représentés dans ces débris sur le sol…quelque soit notre volonté il semblait impossible de « recoller les morceaux »

Au moment de partir tu m’annonces que finalement tu préfères ne plus venir.

« il vaut mieux en rester là ».

là juste là…

Nul doute que tu devais y penser depuis un moment…

Et pourtant, pas même un soupçon, même pas un signe avant coureur que tu allais me laisser seule dans ce moment là, juste là, avant le départ vers un pays inconnu.

Un fond sonore monte de la rue, ce n’est pas n’importe quelle musique !…

C’est juste  léonard Cohen qui chante Hallélujah, sûrement pour toi.

Mainte fois sa voix nous a accompagné. C’est surement la dernière fois. Sa voix chaude et suave enveloppe la douceur du sang qui coule de ma paume. Je me rends compte alors que le verre en glissant m’a coupé. Comme toi, tu glisses de ma vie, à chaque fois c’est encore plus fort. Comme le verre au sol je suis en plusieurs morceaux. J’ai chaud…

Dernier coup porté, dernière fois avec toi, il va falloir composer l’un sans l’autre, moi sans toi…

Tu restes là, interloqué, immobile, tel un soldat qui a fait sa mission. Des larmes en lisières de paupières mais qui n’arrivent pas à glisser, qui n’arrivent pas à laisser perler ton émotion. Un soldat ne pleure pas.

Nous sommes face à face à nos réactions, nos décisions et à leurs conséquences. La douleur est telle que nous en restons tous les deux interdits.

Pas un regard, on s’évite… J’en ai assez de pleurer.

Les passeports étaient prêts, les valises quasi bouclées, les visa tamponnés.

Fait divers, un homme quitte une femme…

Une décision quelconque dans ta vie mais pas dans la mienne.

L’un et l’autre interloqué de la situation qu’ils ont eux même créé. Aucun des deux n’a besoin de dire à l’autre ce qu’il ressent. Le bruit strident du verre raye encore leurs consciences, et blesse leur apparente lucidité. Je le savais au plus profond de moi, nul doute que ta valise n’était pas faite pour m’accompagner.

Tes pas crissent sur le verre brisé, la porte qui claque en sortant, le cadre du couloir qui tombe à son tour.

Un bruit sourd dans la cuisine.

Un corps brisé au milieu des débris de sa vie, des débris de verre, débris de sentiments.

Même pas mal…

7 Commentaires

  1. Très beau texte.
    J’ai beaucoup aimé le passage : » Certains verres brisés sont porteurs de bonheur….. »

    1. merci Annie, heureuse que mon texte te plaise, ton commentaire est « porteur de bonheur »;)

  2. Beaucoup de phrases « coup de coeur » dans ton texte! Cent fois Bravo !

    1. Merci beaucoup Denise, tes mots me touchent.

  3. que ce texte est beau !!!!!! félicitations ♥

    1. Merci,;) on m’a demandé une suite, alors l’histoire se construit…j’ai un début de petits mots, je vais ordonner tout çà pour une prochaine fois..

    2. Hâte de lire la suite…..

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