Marche seul

J’étais assis sur la plage à regarder la mer depuis un bon moment. Enivré par le bruit des vagues et la douce sensation d’humidité sur la peau, je n’avais pas vu le temps passer.

Quand mon esprit se réveilla de cet état méditatif, je repris conscience de l’existence de mon corps. Je fis quelques rotations de mes chevilles et allongeai les bras pour m’étirer. Puis, je me remis sur mes pieds. Je tournai dos à la mer pour regarder le paysage. Au-delà de la plage, il y avait une plaine. De chaque côté, on voyait les taches sombres de forêts denses. Puis, à la lisière du ciel, une lointaine chaîne de montagnes formait de timides vagues.

Sans réfléchir, je me mis à marcher. Je traversai la bande de plage sablonneuse pour atteindre le vaste champ. Nus pieds, je poursuivis ma trajectoire sans ralentir ni bifurquer, me frayant un chemin à travers les herbes hautes et faisant crisser les tiges qui s’étaient mises au travers de ma route.

Je m’engageai dans la plaine et marchai durant des heures, jusqu’à ce que mon ventre me rappelle que j’avais terriblement faim. L’idée me vint de suivre une tangente qui me mènerait à la bordure de la forêt, espérant trouver de l’ombre et de petits fruits sauvages. Je ne fus pas déçu par cette idée car, apercevant les premiers arbustes à l’orée de la forêt, je fis la découverte d’une rivière, qui poursuivait son cours pour aller se jeter dans la mer. Quel bonheur de découvrir cette eau froide et pure, qui courait sur les pierres, et qui me permit d’étancher ma soif! Et peu de temps après, je réussis à capturer un poisson qui avait eu la malchance de s’aventurer sans une zone peu profonde. Je décidai de passer la nuit à cet endroit.

Le lendemain, vivifié par la lumière du soleil et par la fraîcheur de l’eau, je me remis en marche en longeant la rivière. Je marchai dans cette direction, prenant le temps de boire, de manger et de dormir. Mais, je me remettais toujours en marche sans déroger de cette trajectoire.

Au début, je sentis un profond bien-être à avancer dans le calme du paysage, mon esprit planait librement et sans empressement. La solitude me permit de cultiver calme et assurance. Toutefois, graduellement, l’absence de rires, de regards, de paroles, laissa s’installer en moi une profonde tristesse, un manque de courage, un vide quant au sens de la vie.

La rivière devint un ruisseau, puis finit par s’effacer de mon chemin. Après trois jours, je n’avais toujours pas croisé de ville. Après trois semaines, je n’avais croisé aucune maison. Après trois mois, je n’avais croisé aucune âme qui vive.

Puis un jour, ma route trouva sa fin. J’atteignis la mer, de l’autre côté de cette île, de ce continent. Devant le vaste paysage divisé en deux par le mince fil de l’horizon, la mer couvrant le bas et le ciel le haut, je me mis à réfléchir.

Depuis ce jour où je m’étais levé sur la plage, j’avais oublié de me poser les deux questions les plus essentielles : Qui suis-je? Où vais-je? Et, comme bien des gens, je passai des heures à chercher sans trouver réponse à l’une ou l’autre de ces questions.

Pendant mes élucubrations, je ne prêtai pas attention à ce navire de plaisance qui glissait sur l’eau. Si seulement j’avais su, si seulement je m’étais rappelé, si seulement j’avais pu répondre à ces deux questions, j’aurais tenté d’attirer leur attention pour qu’ils viennent récupérer le seul survivant du naufrage du navire Princess Hope.

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